mercredi 17 janvier 2018

Un jour, à l'aube...


Thibault trempait sa tartine dans son chocolat. Il était installé sur la terrasse devant le jardin. Le soleil se levait à peine et les oiseaux s’égosillaient dans les arbres. Une légère brume voilait la cime des peupliers. Thibault était un lève-tôt depuis toujours. Dès l’aube, il se levait. Il avait dix ans. Il n’aimait pas rester dans son lit. Il lui fallait de l’air, sinon il étouffait. Hiver comme été, il prenait son petit déjeuner dehors. Bonnet sur la tête et gros pull suivant les saisons et les températures.
Ce n’était pas une aube comme les autres, il le sentait.
Elle lui apparut toute menue dans sa robe de chambre rose, cheveux emmêlés, le pouce à la bouche, et dans l’autre main son doudou qui traînait par terre. Elle était pieds-nus.

- Ah, tu es là Lou. Tu vas prendre froid chérie, mets tes chaussons.
Nathou se tourna vers Thibault :
- Je te présente Lou, cinq ans, qui va rester chez nous quelques temps.
Elle lui ébouriffa les cheveux et s’assit près de lui :
- Tu as bien dormi ?
Il hocha la tête. Nathou reprit :
- Viens Lou, viens près de moi.
La petite fille ne bougeait pas. Thibault abandonna alors sa tartine, se leva et s’approcha. Elle leva les yeux et il reçut en plein cœur l’éclat de deux émeraudes.
Nathou fit les présentations :
- Tu sais Lou, Thibault ne parle pas non plus.
La petite fille lâcha son pouce et glissa sa main dans celle de son petit compagnon.
C’est à partir de ce jour que Thibault se dit que la vie pouvait quand même réserver de jolies surprises.

Ils avaient chacun leur chambre, mais Lou venait régulièrement rejoindre Thibault dans son lit. Elle se glissait contre lui. Il passait alors un bras autour de ses épaules et ils s’endormaient ainsi, refoulant tous deux les cauchemars qui les assaillaient chaque nuit.

Dès l’aube il se levait. Essayant de ne pas faire de bruit pour la laisser dormir, il sortait de la chambre. Il enfilait alors son pull abandonné sur une chaise la veille et descendait prendre son petit déjeuner dehors. Nathou lui avait préparé tout ce qu’il aimait. Il l’aimait bien Nathou, elle était là tout simplement. Il n’avait pas fini de beurrer une tartine que Lou le rejoignait. Aussitôt, il allait lui chercher son manteau et lui montait la fermeture éclair doucement pour ne pas coincer ses cheveux dedans. Il lui préparait le même petit déjeuner. Elle le regardait alors de ses grands yeux verts et murmurait tout bas rien que pour lui :
- T’es beau !
Thibault souriait et son cœur fondait de tendresse pour cette petite fille qui essayait de dire son prénom. Comme lui, elle ne parlait plus. Tous deux écorchés vifs par la vie, à quoi bon communiquer ? Les mots ne franchissaient plus leurs lèvres. Seuls leurs regards parlaient pour eux, et il y avait tout dans ce regard, vert pour l’une et noir pour l’autre : de la tendresse quand ils se trouvaient, un sourire quand Thibault montrait les images d’un livre, de la peur quand l’un disparaissait trop longtemps.
Il ne lui vint jamais à l’idée que Lou le trouvait beau et qu’elle lui disait. Il représentait pour elle un sauveur qu’elle aimait de tout son cœur et dont elle ne voudrait jamais se séparer.
Ni l’un ni l’autre ne savaient ce que c’était « aimer ». Ils n’avaient vu que des coups de poing et des gifles tomber et n’avaient entendu résonner que des cris et des pleurs.

C’était un jour, à l’aube…


vendredi 12 janvier 2018

Muguette


Muguette est née le 1er mai.

- Tu parles d’un prénom ! ronchonne la jeune femme.
Ses parents l’ont appelée ainsi en l’honneur de la fleur aux clochettes blanches qui est sensée porter bonheur. 
- Du pipeau oui ! porter bonheur, ça se saurait !

Muguette est née râleuse. Bébé, elle hurlait dès qu’elle n’avait pas son biberon assez vite et devenait rouge de colère. Aujourd’hui, elle ronchonne, elle roumègue, elle rouspète, elle a un avis sur tout, ne voit que le négatif, n’aime pas le soleil parce qu’il donne des coups de soleil, n’aime pas la pluie parce qu’elle mouille, ni le froid parce qu’elle a froid, ni le chaud parce qu’elle a trop chaud.  Bref, quand on rencontre Muguette, il faut être vraiment bien dans ses baskets sinon elle vous embarque avec elle et vous mettez un temps infini à vous en remettre.

Son réveil sonne comme tous les matins et comme tous les matins il fait trop de bruit. Alors elle l’envoie valser à l’autre bout de la chambre et comme à chaque fois l’engin se casse et Muguette tempête :
- Je vais encore devoir en acheter un autre, ça ne vaut rien ces machins !
Elle file sous la douche mais n’attend pas que l’eau chauffe, elle se gèle. Elle pousse alors le robinet d’eau chaude, elle se brûle. Le savon lui glisse des mains et elle a oublié sa serviette. Mais c’est de la faute au monde entier bien sûr. Déjà devant son miroir, la ride du lion la nargue. Rageusement elle la lisse puis finalement se dit que ça ne sert à rien. Elle tente quand même la crème anti-rides, raffermissante et repulpante qui est pleine de promesses et qui lui a coûté les yeux de la tête.
- Tu parles ! murmure Muguette. Un attrape-couillon oui ! Ils nous prennent vraiment pour des billes ceux qui ont inventé ça.
Elle se plante devant son placard et ne sait pas quoi mettre. Elle ouvre alors les volets puis la fenêtre et passe la tête au-dehors.
- Evidemment, il pleut.
Rageusement, elle la reclaque et enfile pantalon et pull.
La cafetière a rendu l’âme. Elle a oublié hier de l’éteindre, pour une fois qu’elle la détartre !
- Tant pis, j’en prendrai un au bar en face du bureau.
Elle enfile son manteau, attrape son parapluie qui une fois dehors refuse de s’ouvrir et quand elle y parvient, une bourrasque lui retourne. Elle le jette au fond de son sac fourre-tout qui pèse une tonne et lui démonte l’épaule tout en courant vers sa voiture.
Elle allume alors la radio :
- Ben voyons, la hausse du gas-oil ! Et qui c’est qui paie ? Toujours les mêmes.
Elle invective un automobiliste :
- T’avance toi ? J’ai pas toute la vie …
Même pas la chanson de Johnny la fait sourire :
- De toute façon il est mort alors ! Bah, finalement il est peut-être mieux là-bas qu’ici. Regarde-moi ça ces bouchons ? Mais ce n’est pas possible, ils ne peuvent pas aller à pied …
Arrivée au métro, elle constate qu’il est arrêté pour une durée indéterminée.
- Et merde !
Muguette est lessivée. Son début de journée lui a déjà pompé toute son énergie. Courant sous la pluie elle entre dans un café, histoire d’avaler un petit déjeuner. Toutes les tables sont occupées.
- C’est bien ma veine ! maugrée-t-elle en ébrouant sa crinière qui croule en boucles sur ses épaules.

- Désirez-vous partager ma table ?
- Non, je n’ai pas l’habitude de parler à des inconnus, répond Muguette sans se retourner.
- Je disais ça gentiment, pas la peine de m’aboyer dessus !
- Oh, ça va ! Muguette tourne la tête et reste muette devant l’homme assis qui la dévisage en souriant.
- Une vraie panthère ! Vous avez mal dormi ?
Sa voix grave et chaude envoûte la jeune femme et la laisse pantoise, mais le naturel reprend vite le dessus.
- On n’a pas gardé les chèvres ensemble que je sache, gardez vos réflexions pour vous. Non, je n’ai pas mal dormi.
- Les moutons.
- Quoi les moutons ?
- On n’a pas gardé les « moutons » ensemble. Vous avez dit les chèvres.
- Les chèvres, les moutons, c’est pareil. Vous allez me reprendre à chaque fois que je parle ? Je vous préviens, je suis de mauvais poil !
-  Non ? C’est vrai ? Loin de moi cette idée, dit-il en éclatant de rire.
- Vous vous moquez de moi ? grogna Muguette.
- Je n’oserais pas !
L’inconnu s’amusait follement et ses yeux rieurs la fixaient.
- Bon, c’est pas tout ça, reprit Muguette, ça tient toujours votre invitation ? J’ai vraiment faim !
- Mais je vous en prie asseyez-vous, je vous commande un café ?
- Je peux le faire toute seule merci ! Elle se faufila jusqu’au comptoir et ramena à la table un petit déjeuner complet qu’elle commença à dévorer. La chaleur du café et les tartines de confiture commencèrent à faire leur effet et elle se détendit enfin. Elle regarda mieux l’homme assis en face d’elle.
- Désolée, je n’ai pas pensé à vous demander si vous vouliez reprendre quelque chose, mais comme vous aviez fini…
- Etes-vous toujours comme ça ?
- Oui, je sais que j’ai mauvais caractère, je râle tout le temps. Pas de réflexions hein, vous allez m’énervez encore davantage. J’espère que le métro va repartir sinon je suis bonne pour le bus, soupira Muguette.
- J’ai ma voiture. Si vous allez en centre-ville je peux vous déposer.
- Mais je rêve, vous me draguez là ?  Elle était déjà debout.
- Pas du tout, je vous propose mon aide, point. Mais si vous préférez le bus je vous laisse le prendre. Lui aussi était debout.
- Heureux de vous avoir rencontrée et il la planta là. Elle le suivit des yeux, puis haussa les épaules.
- Mais quelle idiote !
Son regard accrocha alors une carte de visite oubliée sur la table. Elle sourit.
- J’avais raison, je lui ai tapé dans l’œil.
Quand elle la parcourut du regard, elle écarquilla les yeux, attrapa son sac et courut vers la sortie. Elle le chercha des yeux mais évidemment il avait disparu.
- Jasmin, il s’appelle Jasmin. Je ne peux quand même pas laisser échapper un mec qui s’appelle Jasmin.
Pas de chance, il n’y avait pas de numéro de téléphone sur la carte.
- Non mais quel crétin ! fulmina Muguette. Pas foutu de mettre son 06. Il vit dans quel monde lui ?
Elle leva alors la main et monta dans le bus qui s’arrêtait devant elle.


mardi 9 janvier 2018

Janvier, la galette et Prune


Dès le 6 Janvier, c’est la galette !

- Génial, ça commence bien, se lamente Prune. Déjà que j’ai pris quelques kilos avec la dinde, le foie gras et les chocolats, voilà que j’enchaîne avec cette satanée galette.
Qui a décidé que celui qui avait la fève devait en racheter une ? Celui-là, je lui en veux à mort ! râle Prune, incapable de dire non à la part qui lui fait de l’œil. Et ça continue avec la voisine sympa qui passe à l’improviste :
- Tenez, je vous ai apporté une galette, on se fait un petit café ?
Ben oui bien sûr ! Prune est gentille, « trop » pense-t-elle.
Et voilà Tatie contente de bavarder un peu, elle s’ennuie toute seule. Mais c’est la génération où on n’envisage même pas d’arriver les mains vides, alors elle apporte … une galette. Tu m’étonnes que les enfants aient une superbe collection de fèves !!!
La pire c’est la « bonne » copine ou « mauvaise » au choix selon l’humeur qui arrive avec la galette du nouveau pâtissier du coin, qu’elle a testé, la galette bien sûr pas le pâtissier. La blague qui la fait rire :
- Elle est géniale, je t’assure, il faut que tu la goûtes !
Prune en ras-le-bol de ces galettes qui chaque jour défilent devant ses yeux. Comment tenir les bonnes résolutions prises le 1er janvier hein ? Elle se l’était promis face à son miroir : elle reprenait le sport ou plutôt elle s’y mettait car le sport et elle ça fait deux. Ah, elle va pouvoir courir pour les digérer ces galettes de malheur. Elle pense qu’elle n’arrivera pas à mettre ses baskets parce que, à cette allure si ça continue, elle ne pourra même plus se baisser pour les lacer.
- Maman ? Maman ? tu as acheté une galette ? il faut continuer la collection, il ne me manque plus que deux ou trois fèves.
Prune lève les yeux au ciel !

Janvier, le mois qui démarre l’année. Tant mieux, elle en avait assez de cette année 2017. Prune rêve à tout ce qui peut arriver de bien cette nouvelle année.  Tout est à faire, elle aime ça ! Et quand elle pense que c’est le mois de son anniversaire ! oh mon dieu, encore un gâteau !
Bon, les résolutions ce sera pour février se dit Prune en haussant les épaules.
2018, année positive, elle en est certaine, elle se l’est promis aussi devant son miroir et celle-là de résolution, elle veut la tenir quoiqu’il arrive !

- Regarde Prune je t’ai apporté une galette !
C’est son homme !
Elle éclate de rire !


dimanche 31 décembre 2017

L'attente de Millie

Millie a consciencieusement ouvert toutes les fenêtres de son calendrier. Elle a  envoyé sa lettre au Père Noël et maintenant elle attend.
Devant le sapin illuminé et le paysage d’hiver créé par sa Ma-Lou, elle reste en extase. Parfois, elle déplace délicatement un sujet puis le repose. Ma-Lou a allumé les lumières dans son village et il y a même un sapin qui tourne et Millie est en admiration à genoux devant ce décor. Ma-Lou a ajouté des rennes, un grand bonhomme de neige, des sapins et même un petit train. C’est féerique !

C’est Noël ce soir. Millie se demande si elle va recevoir tous les cadeaux demandés. Elle l’espère de tout son cœur et elle serait déçue si elle n’avait pas tout. Ses parents et Ma-Lou lui ont bien dit que le Père Noël parfois ne faisait pas toujours comme on voudrait : c’est un vieux bonhomme qui n’en fait qu’à sa tête mais toujours pour le bien des enfants. Millie espère qu’il n’a rien oublié.

La table de Ma-Lou et de Pa-Lou est magnifique. C’est encore Ma-Lou qui a imaginé une décoration que Millie n’a jamais vu ailleurs : dans un grand vase, un ourson avec un bonnet est assis au milieu de pommes rouges sur des écorces. Une guirlande de pompons blancs et de pommes de pin entoure le vase.
- C’est toi qui a fait ça ? demande Millie admirative
- Oui, répond Ma-Lou en lui ébouriffant les cheveux, tu aimes ?
- J’adore !
Millie est assise entre sa maman et son tonton. Elle l’aime bien ce tonton qui la taquine souvent et n’arrête pas de lui répéter que le Père Noël ne passera pas, elle n’a pas été assez sage, alors pas de cadeaux. Elle lui répond alors :
- Pareil pour toi ! t’arrête pas de m’embêter !

Millie a la permission de sortir de table pour jouer ou regarder un dessin animé car elle sait que l’attente va être longue. Il n’est pas encore minuit et elle sait que le Père Noël ne passera pas tôt. Ma-Lou a expliqué qu’il avait beaucoup de route à faire et Pa-Lou en plus a oublié d’envoyer sa lettre. Millie a peur qu’il n’ait rien et comme il n’arrête pas de faire des blagues, elle craint aussi que le Père Noël décide de passer tard rien que pour l’ennuyer. Ce serait bien fait pour lui, mais en même temps elle ne voudrait pas attendre trop longtemps car elle est fatiguée et puis elle veut que tout le monde ait un cadeau. Pa-Lou même s’il blague, elle l’aime beaucoup. Enfin, Papa, maman, Ma-Lou Pa-Lou et tonton prennent le dessert. Millie n’a plus faim. Tonton lui demande de venir avec lui regarder le ciel, on ne sait jamais, on pourrait voir le traîneau. Millie n’est pas rassurée et devant la fenêtre elle scrute le noir. Elle aperçoit des traînées blanches. Tonton lui dit qu’il ne doit pas être loin. Papa maman Pa-Lou et Ma-Lou arrivent aussi et Pa-Lou allume la lumière.
- Non, non, dit Ma-Lou, le Père Noël ne passera pas si tu allumes.
Pa-Lou éteint mais celle-ci se rallume toute seule. Millie crie :
- T’es pas drôle, arrête tu me fais peur !
- Mais… je n’ai rien fait !
Pa-Lou rit, hausse les épaules et regarde Ma-Lou en chuchotant qu’il n’a effectivement rien fait.
- Tu ne vois pas qu’il soit vraiment passé ? demande Maman en faisant un clin d’œil.
Millie file dans son lit, paniquée. Elle se glisse sous les draps et c’est à ce moment que tout s’enchaîne rapidement.
Ma-Lou l’appelle en disant qu’il y a le traîneau garé sur la route, Tonton vient la chercher dans son lit mais elle s’y accroche en hurlant qu’elle ne veut pas le voir et Pa-Lou descendu au sapin crie :
- Venez voir, il est passé !
Millie dans les bras de Papa, la tête cachée dans son cou, ne veut pas y croire.
Seul le sapin clignote et les cadeaux à ses pieds sont déposés.
Millie s’approche !
- Ah oui, il est passé !
Sur son visage passent divers sentiments :
La déception, elle ne l’a pas vu, une fois de plus.
La surprise, mais comment est-ce possible ?
Et enfin la joie.
Elle ouvre un à un ses cadeaux le sourire jusqu’aux oreilles. Elle serre ses trésors sur son cœur.
Elle vérifie quand même que Pa-Lou ait un cadeau. Oui et il a l’air content.
Toute la famille est gâtée et personne n’a été oublié.
Millie peut aller se coucher et s’endormir apaisée.
- Merci Père Noël murmure-t-elle sous les draps et elle lui envoie un baiser du bout des doigts.


samedi 2 décembre 2017

La cabane aux oiseaux


Gus le merle, Jack le rouge-gorge et Rita la mésange sont heureux. Une cabane rien que pour eux.
Très curieux, ils l’ont vue se construire. Marcel le jardinier, a fait ça bien : perchoir, mangeoire, toit qui les abrite du mauvais temps et surtout bien protégés de Duc le chat qui n’osera plus grimper là-haut depuis qu’il s’est pris une gamelle quand il s’y est essayé. Vexé, il regarde dédaigneux les volatiles. Trop vieux, il préfère ses croquettes.

Gus le plus intrépide car il a l’habitude de chaparder les cerises, a surveillé la construction avec intérêt, en faisant des allers-retours sur la murette. Marcel lui mettant régulièrement des miettes, il aime s’y parader fièrement.  C’est donc lui qui a prévenu Jack.  Mais quand Marcel a accroché comme des lampions deux boules de graisse, c’est Rita qui a failli s’étrangler de joie. C’est elle qui y a goûté la première. Trop bon ! Picore par ici, picore par-là, Rita s’est gavée.
Jack préfère les graines, car Marcel n’a pas lésiné sur la nourriture : graines pour tous les oiseaux « c’est écrit sur le paquet » a déclaré Gus faisant le malin, il avait entendu parler Marcel tout seul.

Mais un jour, surprise dans la cabane. Marcel ayant lu quelque part que les oiseaux adoraient ça, il en a coupé des petits morceaux et a surveillé leurs réactions.

Jack s’y est aventuré et il adoré. « Des croûtes de fromage ! » c’est Noël avant l’heure ! Plumes gonflées, poitrail rouge brillant, il en a même piqué une et s’est envolé avec, histoire de partager.  Quand Marcel est venu voir et qu’il s’est aperçu qu’il n’y en avait plus aucune, il a souri et s’est dit que finalement, il allait faire deux heureux : le rouge-gorge et lui. Il allait pouvoir en manger du fromage !


vendredi 1 décembre 2017

Décembre s'installe

Novembre s’est essoufflé. Avec sa vague de froid, son temps gris, sa neige précoce, il passe le relais à son ami Décembre. Il en est tout gris lui-même et a les cernes sous les yeux.
- Tiens, tu vas faire mieux que moi j’en suis certain. J’ai bien essayé de faire briller le soleil plus longtemps, mais il s’est cassé en morceaux. J’ai soufflé pour que les nuages n’arrivent pas trop vite et assombrissent le ciel, mais ils ont fait la course entre eux, ils ont gagné, la neige est arrivée et…
- Arrête, arrête l’ami… Tu as fait ce que tu avais à faire et tu l’as bien fait. Le temps gris, le froid, la neige, c’est aussi pour moi, c’est normal. Tu ne peux pas aller contre la nature, tu le sais bien.
Décembre est tout guilleret. Avec sa barbe blanche, il ressemble à un chic vieux monsieur. Il est appuyé sur sa canne et ses yeux brillent.
- Oui mais toi, tu as les fêtes pour faire passer la pilule, on t’aime.
- C’est vrai, c’est le mois des cadeaux, ça commence avec la Saint Nicolas le 6. Mais tu sais Novembre, j’ai la pression quand même !
- Pourquoi ?
Novembre s’est assis sur une souche d’arbre et regarde son ami qui marche de long en large en grommelant.
- Imagine qu’il n’y ait pas assez de neige… Hein ? on ne pourra pas ouvrir les stations de ski et je vais entendre hurler « c’est pas bon pour le tourisme ça ! » Par contre si j’ai trop de soleil « on n’a jamais vu ça, un décembre aussi chaud » et on va remonter aux calendes grecques pour se rappeler que « Ah si en telle année… » et puis mon pote le Dicton « Noël au balcon, Pâques aux tisons » va rappliquer…
Novembre éclata de rire et répondit :
- Ouais et Avril va râler !
- Ou mars, celui-là avec ses giboulées…
Les deux amis se turent un moment en humant la nature. Décembre sentait bien que son ami était fatigué mais il reprit :
- Je suis le mois qui termine l’année ! Sylvestre me le répète assez : je dois être décoré pour sa fête, tu sais, le 31 ! Mais avant il faut des sapins illuminés et les villes aussi, mais avec des ampoules LED tu sais c’est meilleur pour la planète. Décembre se baisse alors vers son ami et lui murmure à l’oreille : Je croyais que c’était des ampoules moches, LED, je ne savais pas ce que ça voulait dire moi, je suis vieux, depuis le temps, moi qui ai connu les réverbères … C’était le bon temps aussi. Bref, il faut aussi de jolis marchés de Noël on ne parle que de ça, il faut qu’il fasse froid pour les marrons et le vin chaud…
Décembre se tut et soupira.
- Mais je suis triste aussi.
Son ami releva la tête et l’interrogea du regard.
- Je ne suis pas aimé par tout le monde contrairement à ce que tu penses. Je suis le symbole de la réunion familiale et pour les solitaires, je les renvoie à leur solitude, même si je multiplie les idées pour qu’ils ne se sentent pas exclus, mais rien à faire, on ne m’aime pas ou on ne m’aime plus à cause des souvenirs…
Novembre passa alors son bras autour des épaules de son ami et Décembre continua :
- Je me console en voyant les visages épanouis des enfants devant les cadeaux. Oui, même ceux qui n’ont pas grand-chose, il y a tellement de solidarité dans le monde…
- C’est vrai et pas que pour les enfants.
- Tu as raison, je n’oublie pas nos anciens, seuls ou en maison de retraite. Tu sais là aussi j’essaie d’insuffler du bonheur.
Il se tut et regarda Novembre.
- Tu comprends pourquoi j’ai la pression ?
- Comme chaque année, mon pote ! Novembre se leva alors, son énergie retrouvée. Il allait pouvoir se reposer pendant onze mois. Il tendit la main :
- Tu vas réussir Décembre. Comme toujours, tu vas nous faire rêver. Je te passe le flambeau, tu commences bien, c’est la Saint Eloi, patron des métalliers. Il s’éloigna.
Décembre le vit disparaître. Il se redressa et s’installa en soufflant et en étalant son long manteau. Les dernières feuilles tombèrent, les oiseaux gonflèrent leurs plumes… Oui, décembre tu es arrivé, pensèrent-ils.


jeudi 30 novembre 2017

Lui et Elle

Comme d’habitude, il s’assied sur la banquette défraîchie mais propre du RER, ouvre son journal. La trentaine, brun, beau gosse, jeans chemise blazer, jeune cadre dynamique.

Lui : 15 minutes de trajet, au prochain arrêt elle entre. Aujourd’hui, je lui parle.

Comme tous les jours, elle balaie du regard le wagon et va s’installer à la même place, face à lui. La trentaine, brune, manteau prune fermé col officier, bottines assorties. Un grand sac fourre-tout couleur Camel.

Elle : Toujours caché derrière son journal, je suis certaine qu’il a de beaux yeux.
Lui : Quel crétin, je suis ! Devant un parterre de collaborateurs je vais présenter un projet qui sera applaudi et salué par mes chefs et là devant Elle, je m’écrase !
Elle : j’aimerais bien savoir où il bosse ! je descends toujours avant lui… et si aujourd’hui, je décidais de changer d’arrêt.
Lui : Pourquoi regarde-t-elle sa montre ? Le RER est à l’heure pour une fois.
Elle : J’ai le temps ! Au pire, je prendrai un taxi pour finir le trajet. Bon, ça va me coûter cher cette histoire, mais…
Lui : Elle sourit toute seule, à quoi pense-t-elle ? pourvu qu’elle n’ait pas d’amoureux, elle a l’air bien gaie aujourd’hui.
Elle : Quel air bougon ! Beau gosse, mais je l’appellerai bien grincheux !

Il baisse son journal surpris, elle n’est pas descendue à son arrêt habituel. Il rencontre son regard, elle lui sourit.
Lui : Panique à bord je ne sais pas quoi faire. Mais parle-lui bon sang, elle te sourit, c’est le moment !
Elle : Mais ? Il attend quoi ? Je ne veux pas parler la première. Je souris encore plus ! Pourvu que je n’aie pas de morceau de chocolat coincé dans mes dents ! J’en attrape mal à la joue ! Alors, tu me parles oui ou non ?
Lui : C’est quoi ce sourire forcé ? Elle se moque de moi oui ! Voilà mon arrêt je descends.

Il se lève rapidement, un hochement de tête vers elle, il descend.
Elle le suit des yeux puis lui emboîte le pas. Elle se retrouve sur le quai. Il a disparu.

Elle : Quelle nulle ! Je ne vais quand même pas courir derrière lui, je ne sais pas quelle direction il a prise.
Lui : Je suis en retard, j’appelle mon assistante pour la prévenir que … Mais ?
Elle : Ah je le vois, il est au téléphone. Je suis sensée faire quoi maintenant ?
Lui : Invite-là à prendre un café, tu es en retard de toute façon !
Elle : Ah quand même, il s’approche.

Il est intercepté par un de ses collègues :
- Bonjour Marc, je t’emmène ?
Ils se serrent la main.
Lui : pas de chance
Elle : pas de chance
Ils partent chacun de leur côté.

Comme d’habitude, il s’assied sur la banquette du RER, ouvre son journal. Toujours la trentaine, brun, beau gosse, costume bleu aujourd’hui, réunion importante.

Lui : Putain Marc ! parle-lui à cette fille à qui tu penses tout le temps, t’en as failli oublier le fil de ta présentation hier.
Il referme son journal, elle va arriver.
Lui :  Pourquoi n’est-elle pas là ? Pourvu qu’elle ne soit pas malade. Hier, déjà elle avait un air bizarre à sourire tout le temps.
Il se cale au fond de la banquette et se projette sur sa prochaine réunion.

Elle : J’ai pris le RER précédent, je suis certaine d’être à l’heure, je stresse un peu. Je pense que le beau gosse au journal doit se poser des questions. Elle sourit en entrant dans les locaux.

L’hôtesse l’accueille en lui souhaitant la bienvenue, lui offre un café, la dirige vers la salle de réunion.
C’est la table recouverte de petites viennoiseries qu’elle aperçoit en premier, elle n’a rien pu avaler au petit déjeuner, elle se laisserait bien tenter mais la crainte d’avoir les mains grasses la dissuade.
Une voix grave la fait se retourner :

- Marc…
Lui : Impossible
Elle : Je n’y crois pas !

- Heureux de vous accueillir dans notre société, venez je vais vous présenter…
- Bérénice…Enchantée !

Lui : Ce n’était pas si difficile finalement.
Elle : Il a une jolie voix.
Lui : Travailler avec elle tous les jours, Waouh !
Elle : Heureusement qu’il n’est pas mon chef !

- Monsieur ? Réveillez-vous …
Le contrôleur lui tape sur l’épaule gentiment.
Lui :  J’ai rêvé ! Trop beau pour être vrai.
Un coup d’œil sur sa montre lui indique qu’il est vraiment en retard. Cette fille lui prend la tête et lui pompe toute son énergie. Il descend du RER furieux de s’être endormi. La journée va être longue.

Comme d’habitude, il s’assied sur la banquette du RER, ouvre son journal. Et puis non, pas de journal, il regarde par la fenêtre. Il pleut.
Comme tous les jours, elle balaie du regard le wagon et va s’installer à la même place, face à lui.

Elle : Il n’a pas l’air en forme aujourd’hui.

Il se tourne vers elle :

Elle : il va me parler, j’ai le cœur qui bat tellement fort que je suis certaine qu’il l’entend !
- Votre prénom ? c’est Bérénice ?
Elle éclate de rire.

Elle : Comment il le sait ?
Lui : Trop jolie quand elle rit.

- Bonjour Marc !
Lui : Comment elle le sait ?
Elle : Banco ! C’est son prénom. Trop forte !



mardi 28 novembre 2017

La cavale d'Alex

Alex venait d’emménager dans sa nouvelle maison. Le camion était reparti et il regardait tous les cartons qui envahissaient les pièces qu’il ne connaissait pas encore. Ses parents, pas trop disponibles, lui avaient fait comprendre gentiment qu’il devait les laisser tranquille, alors il errait seul de pièces en pièces. Elles étaient encore vides et froides. Seuls les meubles bien connus déjà installés le rassuraient et le renseignaient : là le bahut de la cuisine, là la banquette du salon où il se nichait dans les bras de maman d’habitude. Il grimpa l’escalier pour découvrir sa chambre. Son lit était arrivé et ses jouets aussi. Ses parents avaient recréé en premier son espace pour qu’il ne se sente pas trop dépaysé, mais Alex avait le cœur gros, il était tout seul. Enfin, pas tout à fait, Zébra son doudou lui faisait de l’œil depuis son lit. Il le serra contre son cœur et… il leva la tête appelé par une musique extérieure qui vint lui taquiner les oreilles. Il s’accouda alors à la fenêtre et remarqua une grande bâtisse style château comme dans ses livres de chevalier, de l’autre côté de la haie. Curieux, il quitta sa chambre laissant Zébra, à cinq ans il était « grand », et s’aventura dans le jardin.
La haie était haute, aucun moyen de voir au-dessus. Alors il se baissa. Pas mieux. Il avança à quatre pattes pour chercher un trou qui lui permettrait de voir de l’autre côté. Il réussit à passer la tête et se trouva nez à nez avec une truffe humide. Un coup de langue bleue lui balaya la figure. Alex se recula surpris et aperçut alors deux pattes qui grattaient à toute vitesse. Un passage se dessina alors. Le petit garçon s’y engouffra, passa sous la haie et découvrit alors son nouvel ami qui remuait la queue de plaisir. Un superbe Chow-chow le regardait avec des yeux remplis d’amour. Alex enfouit ses mains dans la tête de lion toute douce. Il n’avait jamais vu un tel animal. Quand celui-ci se coucha à ses pieds, il n’hésita pas, il grimpa sur son dos. Alors le chien se leva doucement et tous les deux, ils partirent à la découverte du jardin.
Fleurs à profusion multicolores, allées recouvertes de jolis cailloux rosés, Alex se voyait le chef de ce royaume. Il regrettait son costume de chevalier, avec son épée et son bouclier, il aurait été magnifique.
« Charlot ? Charlot ? »
Une petite voix inquiète appelait. Le chien dressa les oreilles et se mit à courir. Alex se cramponna à la crinière pour ne pas tomber.
S’ensuivit alors une course effrénée à travers les pelouses. Il stoppa net aux pieds d’une petite brunette en larmes devant le perron de la grande bâtisse. Alex passa par-dessus la tête  de l’animal et s’écrasa à plat ventre. Vexé et un peu étourdi par la chute il resta au sol.
- Tu t’es fait mal ?
Le chien, du museau, bousculait le gamin pour qu’il se relève. Alex se mit debout, regarda ses genoux écorchés et ravala ses larmes. Il n’allait pas pleurer devant une fille quand même !
- T’as mal ? la fillette montrait ses genoux.
- Non.
- Comment tu t’appelles ? Moi c'est Rose.
- Alex.
- Bonjour Alex. Elle lui fit un bisou sur la joue. T’as plus mal ? Maman me fait toujours un bisou magique quand j’ai mal.
Ils avaient les mêmes mamans, lui aussi avait droit au bisou magique quand il avait mal.  Il regarda mieux la petite fille : deux couettes avec des élastiques roses, des yeux bleus…
- J’ai quatre ans, et toi ? Elle n’attendit pas la réponse et se blottit contre son chien.
- Tu as fait connaissance avec Charlot ? Il est beau hein ? Il est rien que pour moi, mais je veux bien le partager avec toi. T’habites où ? moi, ça ne fait pas longtemps que j’habite ici. Mon papa, il voyage beaucoup et ma maman est triste quand il n’est pas là, alors il lui a acheté une grande maison avec des fleurs pour qu’elle soit moins triste.
Alex commençait à avoir vraiment mal à ses genoux, ça piquait, et quand il baissa la tête et qu’il vit du sang couler il eut du mal à retenir ses larmes.
- Pourquoi tu pleures ? Rose de sa petite main les essuya.
- Viens maman va te soigner.
Pris de panique à l’idée qu’on lui mette « un truc qui pique », Alex refusa.
- Non ça va, je vais repartir.
Alors Charlot le chien s’allongea à nouveau et Alex put monter sur son dos, Rose grimpa aussi. Elle passa ses mains autour de la taille de son petit compagnon et le Chow-chow se mit en route doucement. Arrivés devant la haie, le chien s’allongea à nouveau et les enfants purent descendre. Alex fit une dernière caresse à l’animal et regarda Rose :
- Je vais passer sous la haie ma maison est de l’autre côté, je viens d’emménager.
- Je peux venir avec toi ?
- Et ton chien tu vas le laisser tout seul ?
- Non, il me suit partout. Il peut ?
Alex hésita, ses parents ne voulant pas d’animal chez eux. Mais peut-être qu’ils seraient trop occupés pour s’en rendre compte.
- D’accord, viens avec ton chien. Tu me suis.
Il passa le premier et se retrouva dans son jardin qui lui parut bien petit. Rien n’avait changé à part papa qui lui faisait de grands signes et accourait vers lui à grands enjambées.
- Où étais-tu passé Alex ? Combien de fois faudra-t-il te dire de nous avertir quand tu pars dans tes excursions bizarres.
- J’étais juste de l’autre côté. Je te présente Rose et son chien Charlot.
Les bras croisés et le regard sévère, son père le fixait.
- Tu recommences Alex ?
Le petit garçon se retourna et ne vit personne. Il se baissa pour montrer le trou dans la haie, le chien n’avait peut-être pas pu passer. Rien. Il regarda ses genoux et soupira.
- Pardon papa, je ne recommencerai plus. La tête basse, il repartit vers la maison, grimpa l’escalier et s’enferma dans sa chambre. Zébra l’attendait sagement sur son lit. Il regarda par la fenêtre. Rose lui faisait signe et Charlot aboyait joyeusement en sautant autour d’elle. Il entendit son père crier :
- J’espère que ce chien ne va pas aboyer toute la journée !
Charlot se tut aussitôt et Rose envoya un baiser du bout des doigts à Alex.
Mais ça c’était de l’autre côté.


lundi 27 novembre 2017

Gourmandises en Haïkus



Chocolat léché
sur la glace vanillée
plaisir assuré


Crêpe au chocolat
avec de la chantilly
cuillère à la main




Épaule voilée
par vent coquin dénudée
épaule à croquer












jeudi 2 novembre 2017

Novembre sous la couette

Ce n’est pas ta faute si ce n’est pas la fête !
Novembre, tu as une mauvaise tête !
Gris et pluvieux,
Tu nous rends grincheux !
On n’a qu’une envie mon vieux,
Rester sous la couette !

À fleurir les tombes
De nos anciens
Avec des couronnes en ronde
On a le cœur chagrin !

Fêtons l’armistice
Sans artifice,
Fleurissons nos monuments
Rappelons-nous c’est important !

Patronne des musiciens
Musique Maestro
Sainte Cécile nous fait du bien
En novembre c’est cadeau !
Arrive Sainte Catherine,
Et ses beaux chapeaux
Pour les copines
Qui cherchent leur hidalgo !

Tout arbre prend racine,
Perdons notre humeur chagrine
Préparons le printemps,
Novembre c’est le moment !

Finalement Novembre
Ce n’est pas ta faute
Si à cause du froid on tremble
Tu as quand même un peu la cote !

Mois d’avant noël
Mais oui la vie est belle !
Quittons la couette
Et faisons la fête !