Une maman qui prend soin d'elle. Qui aime écrire, lire et faire de la musique.

mercredi 1 mai 2019

Mai, à la façon d'Héloïse et de Stefano



— Qu'est-ce que ça veut dire la fête du Travail ?
Héloïse, petite bonne femme de quatre ans, interrogeait Stefano.
Le garçon du haut de ses cinq ans se gratta la tête perplexe.

Héloïse avait débarqué dans sa maison un jour de pluie. Mais depuis ce jour, il faisait toujours soleil dans le cœur du gamin.
Elle était arrivée avec son vieux doudou tout moche qu’elle traînait derrière elle.

— Alors c’est quoi la fête du Travail ?
Elle se coula sous la tête de Stefano à la manière d’un chiot qui quémandait une caresse. Ses grands yeux bleus l’interrogeaient et attendaient une réponse. Elle reprit :
— Je ne comprends pas pourquoi c’est une fête. Maman, quand elle en parle, elle dit toujours qu’elle n’est pas à la fête en ce moment.

Charlie aussi était entrée dans la vie de Stefano, bouleversant tout sur son passage. Mais elle, ce n’est pas une vieille peluche qu’elle traînait, c’était des cartons de livres, un ordinateur et des carnets de toutes les couleurs. Elle avait envahi tout l’espace au grand plaisir de Joe.

— Alors c’est quoi la fête du Travail ?
— Je crois que c’est pour lui faire sa fête.
— Ben, tu ne t’es pas foulé ! Toi qui sais toujours tout.
— Aussi, tu as de ces questions. Je ne sais pas. Peut-être que c’est pour que les gens se reposent. Oui, c’est ça. Comme, ils travaillent tout le temps, il faut bien un jour de repos.
— Et les vacances alors ?
— Tu as bien ton anniversaire toi, le travail c’est pareil. C’est son anniversaire.
— Chouette, on va lui faire un gâteau.

C’était ça Héloïse. Un amour de petite fille souvent prête à faire des cadeaux. Elle posa un baiser sur la joue de Stefano.
— Merci. Je vais le demander à Joe.

Joe, c’était le père de Stefano. Un grand gaillard, à la barbe mal rasée qui piquait. Toujours affublé d’un chapeau en cuir de cow-boy. Ses bras étaient tellement immenses, qu’il pouvait les prendre tous les deux en même temps. Il y ajoutait même Charlie, et ils riaient tous aux éclats.

Un courant d’air fit voler les cheveux de la petite fille.
— Regardez ce que j’ai trouvé !

Charlie déboulait à sa manière dans la vaste cuisine qui sentait encore le pain grillé et le café. Joe la suivait heureux accompagné de son Terre Neuve. Il bouscula les enfants et leur lécha la figure de sa grande langue.
— Stop Texas ! Je t’interdis de faire ça !
— Laisse Joe, ce n’est pas grave.
C’était ça aussi Charlie. Toujours de bonne humeur. Elle en distillait partout. C’était contagieux. Depuis qu’elle était entrée dans leur vie, Joe et Stefano gardaient le sourire en permanence. Un peu comme si le temps n’avait plus de prise sur eux.

— C’est quoi ?
Charlie brandissait une branche de muguet.
— Du muguet.
Stefano avait répondu, blasé.
— Sens son parfum, ma bichette !
Héloïse approcha son nez des clochettes.
— C’est la première année que j’arrive à en avoir.
Joe était fier. Il avait pensé filer au village acheter un brin pour Charlie, et puis il avait oublié. Ce n’était pas son truc les fleurs. Heureusement, la nature s’en était mêlée et Charlie était toute contente. Elle choisit un joli verre pour y mettre sa trouvaille et le posa sur la table.

— C’est pour la fête du Travail, c’est son cadeau. Tu savais que c’était son anniversaire, papa Joe ? Tu peux m’aider à lui faire aussi un gâteau ?

Il serra fort la main de Charlie, les yeux embués de larmes. C’était la première fois qu’Héloïse l’appelait ainsi. 

lundi 1 avril 2019

En avril, ne te découvre pas d'un fil



En avril ne te découvre pas d’un fil !

Laissez-moi donc tranquille
Avec cette phrase inutile.
Je ne suis pas un imbécile,
Cessez-donc avec cette phrase qui m’horripile.

À la campagne comme à la ville,
Les hommes, à Moi Avril ne sont pas hostiles,
Parce que les parfums subtils de chlorophylle
Les rendent vite fébriles.

Bienvenue sur les terrasses, les grils
Qui sortis de leur cachette rutilent,
À l’annonce d’un printemps fertile,
Grâce à un soleil docile.

C’est moi Avril
Qui joue à mêler l’agréable à l’utile !
Loin de moi l’idée d’être sénile
Je ne suis pas malhabile.

Grâce à moi se créent les idylles,
Et chacun chacune devient volubile.
Lui se verra viril, elle gracile,
Joie des amours juvéniles.

Allons séchez vos larmes de crocodile
Ne soyez pas puéril,
C’est moi Avril,
Osez vous découvrir d’un fil.

Vite, sortez de vos coquilles
Et de fil en aiguille,
Vous verrez aussi qu’en avril
On se déshabille. 

Qu’on se le dise, je ne suis pas un mois de pacotille !
Regardez ces yeux qui pétillent !

Allez, je vous laisse tranquille !
C’est moi Avril.
A l’horizon, je me profile
Entendez-vous mon automobile ?  

dimanche 24 mars 2019

Oser prendre le temps



Le soleil pointe son nez
J’ai envie de partager.
C’est ça le printemps
L’envie de sourire tout le temps.
Un rire, un sourire,
Les fleurs qui vont s’ouvrir.
J’adore ce temps
Qui sent le printemps.
L’herbe coupée
Me chatouille le nez.
Son parfum m’enivre
Merci la vie, je me sens revivre.
Prendre le temps,
Se poser un instant.
Rêver, respirer,
C’est ça la vie… Oser.


vendredi 22 mars 2019

Lecture et Mr Minibulle




Mr Minibulle n’aime pas lire, sauf les bandes dessinées du Chat et les biographies des coureurs cyclistes. Il me dit que les sportifs il les connait, il peut donc s’imaginer leur histoire. Pour le reste, il se dit sans imagination.
C’est déjà pas mal. Mais devant ma pile de bouquins et ma bibliothèque, il est à la limite du malaise :
—Tout ça ?
C’est lui qui m’a rajouté des étagères pour que mes livres soient bien rangés. Mais devant l’ampleur que prend ma bibliothèque qui s’étend de plus en plus, il hoche la tête et me dit qu’il ne pourra pas pousser les murs. Il pense bien au grenier mais c’est assez compliqué pour y aller…
Je ne vous raconte même pas quand il revient de la boîte aux lettres et qu’il ramène un paquet avec un livre à l’intérieur. Il est aussi curieux que moi pour le découvrir mais ce n’est pas pour la même raison. C’est le nombre de pages qui l’intéresse et souvent ébahi il me dit :
— Moi, il me faudrait des années pour arriver à lire ça !

Lorsque nous sommes allés à une séance de dédicaces et que nous avons rencontré l’auteure (qui va se reconnaître d’ailleurs ainsi que sa fille), il a participé à la conversation. Parce que Mr Minibulle ne lit peut-être pas, mais il accompagne sa Minibulle aux salons des livres et s’intéresse quand même avec plaisir au travail des auteurs.
— Vous avez lu le livre Monsieur ?
Mon homme ne se démonte pas et rit.
— Non, je ne lis pas, j’ai des lunettes avec des verres en bois. Mais j’ai lu la chronique.
Rires de part et d’autre.
— Ah quand même, vous faites ça ! C’est déjà bien.
Nouveaux sourires et la conversation s’installe. Tant et si bien qu’au moment de se quitter, nous nous disons que la prochaine fois nous pourrions prendre un verre. Je ne sais plus comment l’idée est venue, mais Mr Minibulle a relevé le pari de lire le livre et de donner son avis. J’en suis restée baba ! Je me suis même dit « Tu parles, il fait le fanfaron, mais jamais il ne va tenir sa promesse, surtout qu’il avait quand même dit qu’on pouvait se revoir même s’il n’avait pas lu le livre ».
Rentrés tous les deux à la maison, je laisse traîner le livre sur mon bureau et finalement le glisse sur sa table de nuit.

Que vois-je ? Mr Minibulle qui lit ?
Mais oui avec tout un rituel chez lui. Il ne faut aucun bruit. Si par malheur, je fais du bruit moi en tournant mes pages, je le dérange et il me dit qu’il va perdre la sienne.
— Tu en es où ?
— Page 2
J’éclate de rire. Il est vexé. Je n’ose pas lui donner un marque-page !
J’ai lu le livre, je le connais. Mais lui, même si je suis à côté en train d’en lire un autre, ça ne le dérange pas de le commenter et de me dire toutes les 5 minutes :
— Et tu as lu ça ?
— Oui mon chéri, tu sais je l’ai chroniqué.
2 minutes plus tard :
— Trop drôle, tu as lu la réplique ?
Et c’est comme ça tout un chapitre. Puis d’un coup, je le vois qui revient en arrière, qui tourne les pages, il est perdu.
— Attends de qui on parle là ? Il n’y a plus Nina …
— Tu sais, il y a d’autres héros dans un livre.
— C’est qui Sullivan ?
— Lis, tu vas comprendre.
— J’ai dû louper un truc.
—Mais non, ça s’appelle un nouveau chapitre.
Vexé, il ronchonne :
— Quand même, je sais ce que c’est qu’un chapitre.
Je me tais et le laisse continuer sa lecture… dans le silence. 
— Tu t’arrêtes de lire ?
— J’ai fini le chapitre.
— Tu en es où ?
— Au deuxième !
— Mais tu ne veux pas continuer un peu ?
— Un chapitre à la fois, sinon je m’embrouille.

Le pire, c’est que Mr Minibulle quand il reprend son livre doit relire les pages précédentes parce qu’il ne se rappelle plus des personnages. Je salue l’effort qu’il fournit. Lui qui a beaucoup de mal à retenir les prénoms …

Mr Minibulle relit toutes mes chroniques. A chaque fois, il me dit :
— Ah là tu as aimé !
— Ta chronique donne envie de lire le livre.
Mais quand il lit Muguette :
— Je suis perdu avec tous tes personnages.
Ou bien, il éclate de rire devant les facéties de Muguette et me demande où je trouve toute cette imagination.
— Oh la faute, tu as vu ce que tu as écris ?
Là, il me vexe, et il le sait, le bougre. Le pire c’est quand il me dit qu’il ne comprend pas ma phrase. Là je suis très agacée. Quand je pense qu’il a accepté de me relire tout Muguette…Il arrive même à m’embrouiller quand il me raconte l’histoire.
Mais je l’aime Mr Minibulle. Je fais bien du vélo, il peut lire un peu.
Taquine, j’ai envie de lui changer sa page. Parce qu’il a mis un marque-page même s’il n’en est qu’au début…

mercredi 20 mars 2019

Dame Printemps s'installe



Lilie et Mimie, deux petites fées de printemps, papotaient assises sur leur branche de cerisier. L’une s’étirait gracieusement et l’autre lissait ses ailes encore emperlées de rosée.
— Tu as vu il est parti !
— Oui... et c’est Elle qui m’a réveillée.
— La belle Dame avec ses cheveux d’or.
Les deux fées regardent autour d’elles émerveillées. Dame Printemps est arrivée. Elle a salué Messire Hiver qui s’en est allé, enveloppé dans son long manteau. Elle s’est tournée ensuite vers Dame Nature et de sa voie cristalline elle a murmuré :
— Allons-y doucement comme chaque printemps.
Toutes deux défilent alors dans les jardins où les arbres en fleurs pour certains, en bourgeons pour d’autres, s’inclinent gracieusement.
— Je me sens un peu fragile, murmure le cerisier
Une pluie de pétales s’abat alors sur lui et il se sent d’un coup ragaillardi. Dame Printemps le salua en le remerciant pour les bons fruits qu’il allait prodiguer dans quelques mois.
— J’ai peur pour mes fleurs, soupire l’abricotier.
Dame Nature murmure alors à l’oreille de Dame Printemps qu’en effet, le mois de février ayant été un peu chaud, l’arbre est en avance et craint pour ses fruits.
— Faites ce qu’il faut pour lui, je vous fais confiance, fut la réponse de Dame printemps qui caressa de ses longues mains fines l’abricotier dont les branches se redressèrent d’un coup.
Lilie et Mimie voletaient autour d’elles ne perdant aucune miette de ce qui se disaient. Dame Printemps s’arrêta et éclata de son rire en cascade.
— Vous êtes bien curieuses, n’avez-vous donc rien à faire ? Ne deviez-vous pas surveiller les jonquilles, les tulipes, les jacinthes, et tous les bulbes qui sont encore sous terre ?
Les deux petites fées rougirent en même temps. Leurs ailes frémirent et s’inclinant sans dire un mot elles filèrent dans les jardins. Une poussière d’or se répandit alors sur les fleurs déjà ouvertes et sur les terres prêtes à donner.
Un doux parfum monta alors des pelouses où les pâquerettes et les boutons d’or s’épanouissaient. Les volets des maisons claquèrent et les sourires apparurent sur les visages. Elles entendirent :
— Hum, ça sent le printemps !
— Le temps a changé.
— Vous avez vu les fleurs comme elles sont belles !
— Il va falloir que je tonde la pelouse, elle a poussé d’un coup !
— Je vais au marché, il va peut-être y avoir des fraises.
Les fées riaient sous cape. C’était quand même un peu tôt pour ces jolis fruits rouges au goût inimitable. « Laissez donc le temps faire son œuvre » pensaient-elles !
Dame Nature et Dame Printemps les rejoignirent et vinrent s’asseoir auprès d’elles.
— Ils sont très impatients comme toujours !
— Quand comprendront-ils qu’il ne sert à rien de vouloir changer le temps ?  Ils courent sans cesse dans tous les sens, ne regardant plus ce qu’il se passe autour d’eux.
Dame Printemps se tourna alors vers Messire Soleil qui tardait un peu à venir la rejoindre. Ses rayons étaient faibles encore, mais il avait une belle couleur.
— Je compte sur vous Messire. Dispensez votre chaleur et vos rayons comme il se doit. Ne commencez pas à vous énerver, vous savez que ça ne vous vaut rien. Les dégâts sont désastreux ensuite.  Dame Nature a énormément de travail pour réparer vos éclats.  Laissez vos rayons briller pour Dame Été qui est faite pour ça.
Il s’inclina promettant tout ce qu’elle voulait. Il aimait bien Dame Printemps. C’était toujours elle qui venait le sortir de sa léthargie. Messire Hiver cette année l’avait un peu trop accaparé, il devait se ressourcer. Avec la belle Dame, il savait ce qui l’attendait.
Elle s’inclina alors sur les deux petites fées qui la regardaient toujours émerveillées. Elles n’attendaient que ça :
— Allez donc réveiller vos amies, allez, et qu’elles parfument Dame Nature qui adore ça, n’est-ce-pas chère amie ?
— Merci Dame Printemps, vous me connaissez si bien. Installez vous à votre aise, je suis heureuse de vous accueillir.  Vous êtes ici chez vous.

vendredi 1 mars 2019

Mars a disparu


— Ohé du bateau, je t’attends, tu es très en retard !
— Pas du tout nous sommes que le 29 du mois, je ne suis pas en retard, c’est toi qui es en avance !
— Réveille-toi Mars, tu sais bien que je n’ai que 28 jours moi !
— Ah c’est encore toi Février, le petit, le pitchoun, le gringalet, celui qui n’a que 28 jours… et quand il se force un peu mais juste un peu, tous les 4 ans hein faut pas pousser mémé dans les orties quand même, 29 !  Désolé je ne suis pas prêt ! Repasse plus tard !
— Bon, tu vas te réveiller oui ! Arrive et en vitesse ! Moi je suis déjà parti, et il n’y a pas de mois en place, ça promet une belle pagaille !
— Si, il y a toi !
— Moi ?
— Ah tu vois bien qu’il y a un mois en place !
— Arrête, tu n’es pas drôle et tu m’embrouilles ! Moi, je te dis qu’il n’y a pas de mois…
— Ah tu l’as dit, tu l’as dit, désolé !
Mars se tordait de rire devant Février tout rouge, tout ébouriffé, qui dansait un pied sur l’autre, se tordant les mains.
— Mais viens, je te dis. Il faut absolument qu’il y ait un mois en place. Déjà que je leur ai fait la surprise à tous ces humains qui n’y comprenaient rien…
— Quelle surprise ?
— Plein de soleil, je leur ai donné plein de soleil, même qu’ils faisaient tous bronzette sur les plages et…
— Quoi ? Mais tu as fait n’importe quoi. Février n’est pas le mois des maillots et des châteaux de sable, Juillet va te mettre une de ces rouste !
— Juillet n’est pas encore là, il n’en saura rien, mais toi tu dois arriver, c’est ton tour. Tu imagines un jour sans mois ?
— Sans toi ? Oh, je pense qu’ils s’en remettront…
— Arrête Mars tu…
— Tu vois bien tu me dis d’arrêter, donc je reste au lit. Laisse-moi prendre le temps de…
— Rien du tout, lève-toi et vite. Tu dois préparer tes giboulées comme tu en as le secret, tu dois faire fleurir les arbres, tu dois…
— Mais que vois-je ? Avec ton soleil à la Six quatre deux, mes arbres sont déjà tout en bourgeon. Mais qu’as-tu fait là Février ?  Tu as raison, je dois arranger ça très vite et réparer tes erreurs. Quelle catastrophe !
— Ce n’est pas une catastrophe, ils étaient heureux, si tu avais vu ça !
— Et la neige sur mes montagnes ? Mon Dieu, Mon Dieu, elle va disparaître bien trop vite !
— Mais non ne t’inquiète pas il en reste encore, les skieurs en ont bien profité avec le soleil.
— Mes abricotiers ? Oh pourvu que… Il faut prévenir Avril de ne pas faire de gelée, sinon…
— Tu connais Avril, il n’en fait qu’à sa tête. Mais toi, tu n’as qu’à faire du soleil aussi, comme ça les bourgeons de tes arbres ne gèleront pas !
— Bon laisse-moi agir à ma guise, c’est mon mois et je fais comme je veux ! Allez file, tu as fait assez de bêtises comme ça, je vais devoir réparer…
Et mars s’installa enfin…


jeudi 14 février 2019

L'amour se construit sans cesse



Musique de Michel Fugain : Forteresse


L’amour se construit sans cesse
Il a tellement besoin de tendresse
Qu’à cause de tous les tourments
Il s’étouffe lentement.

L’amour a besoin de lumière
Pour briller sans faire de manière
S’afficher comme deux amants
Qui s’embrassent amoureusement

Tourne, tourne, tourne le temps
Tout autour des amants.

L’amour se construit sans cesse
Pas un jour, sans la promesse,
De s’aimer à chaque instant
Alors qu’arrive un ouragan.

Qui balaie les années de liesse,
Pourtant vous vous étiez fait la promesse
De vous aimer éternellement
Mais l’amour à fichu le camp.

Tourne, tourne, tourne le temps
Tout autour des amants.

L’amour se construit sans cesse,
Même dans les moments de faiblesse
Il suffit parfois d’un baiser
Pour se sentir apaisé.

L’amour se fait caresse,
Quant plus rien ne le blesse
Un geste un sourire,
Et c’est le bonheur à venir.

Tourne tourne tourne le temps,
Tout autour des amants….

Tourne tourne tourne le temps
Tout autour des amants...

mardi 5 février 2019

Allez viens Muguette



Louis de La Rochefleurie avait fait un malaise cardiaque. Il avait dû être hospitalisé. Depuis qu’il était rentré chez lui, son médecin lui ayant préconisé le calme, il passait beaucoup de temps avec sa femme Joséphine qui en profitait pour le dorloter. Elle espérait qu’il allait rester ainsi, assis face à elle à lire son journal et à discuter de ses vignes.
Alors qu’il faisait un temps exécrable dehors, il posa son journal et regarda sa femme en soupirant.
— Vous voyez Joséphine, je crois que je devrais mettre de l’ordre dans mes affaires.
Sa femme le regarda et murmura :
— Ce serait bien en effet.
— Vous m’en voulez n’est-ce pas ?
— Vous n’êtes pas facile Louis avec vos enfants et même avec vos petits-enfants et arrière-petits enfants.
— Vous parlez de Paul ? Le fils d’Aline ?
— De qui voulez-vous donc que je parle, je n’en vois pas d’autres.
Louis soupira.
— Il faut que je vous avoue quelque chose Joséphine.
Sa femme leva les sourcils et sourit :
— Allez-y je vous écoute.
— Comment vous dire…
— Je vais vous faciliter la tâche Louis. Vous souhaitez sans doute me parler de Jasmin et de Fleur, les enfants de Viviane ?
Devant la mine stupéfaite du patriarche, elle éclata d’un rire doux et cristallin.
— Il n’y a pas que vous qui avez vos petits secrets. Les parents de Viviane sont venus vous voir, je le sais. Vous leur avez fait promettre de garder le silence vis-à-vis de votre petit fils Jasmin, en leur offrant une belle somme qui permettrait d’élever le bébé. Ce que vous n’aviez pas prévu c’est que Viviane aurait des jumeaux et qu’elle les appellerait de ces prénoms de fleurs.
— Vous n’avez jamais rien dit à votre petit fils ?
— Jamais. Même quand vous lui faisiez tant de mal avec vos réflexions absurdes sur sa prétendue stérilité. Vous avez de la chance d’ailleurs qu’il n’ait pas eu d’autres enfants avec votre bêtise…
— En attendant, je ne sais pas comment arranger les choses maintenant. Il ne parle plus de … Comment s’appelait-elle d’ailleurs cette jeune femme ? Ah oui Muguette…
Le patriarche sourit à ce souvenir et se frotta la joue.
— Elle ne m’a pas raté ce jour-là.
— Vous l’aviez bien mérité.
— Vous avez raison. Croyez-vous qu’il la voie encore ?
— Non, elle ne veut plus en entendre parler. Vous vous rendez compte j’espère qu’avec vos idées absurdes et votre caractère de cochon, vous avez fait beaucoup de mal.
Il avait bien changé le grand-père pour ne pas réagir à la réflexion de sa femme.
— Comment faire pour qu’elle revienne ici ? Avez-vous ses coordonnées ?
— Comment voulez-vous que je sache ça Louis ? Je n’ai pas un annuaire dans la tête.
Pétunia qui passait par hasard répondit à sa grand-mère :
— C’était avant, les annuaires Mamie, ça n’existe plus.
— Bien sûr que si ! ronchonna la grand-mère. Tiens, tu pourrais peut-être nous aider toi qui sais toujours tout.
— Vas-y, dis-moi !
— Sais-tu où je pourrais joindre la jeune femme qui sortait avec ton frère.
— Tu veux parler de Muguette ?  Je peux savoir ça, en effet.
La jeune fille sourit.
— Et tu souhaites quoi cette fois ? Une nouvelle robe ? Un nouveau manteau ?
— Tu comprends toujours tout Mamy mais non, je n’ai besoin de rien. Je te trouve ça gratos !

Félicie sentit son portable vibrer dans sa poche alors qu’elle était en train de préparer un bouquet pour une cliente. Un coup d’œil sur le numéro la renseigna aussitôt. Elle termina pourtant son travail, et attendit que la cliente ait quitté la boutique pour rappeler sa sœur.

— Pas question !
Muguette bougonnait dans le téléphone.
— Pour qui il se prend lui !
La grossesse de la jeune femme la rendait encore plus jolie. L’air de la mer lui faisait le plus grand bien et elle n’avait pas du tout envie de replonger dans l’atmosphère pesante de la grande bâtisse.

Quelques jours plus tard Pénélope accueillait un couple quand elle vit s’arrêter devant chez elle un taxi. Surprise, car elle n’attendait personne, elle s’excusa auprès de ses invités et s’avança devant la dame distinguée aux cheveux blancs qui descendait de la voiture.

— Jasmin, je peux te parler, mon garçon !
Surpris par le ton de son grand-père, alors qu’il rentrait d’une journée semblable à toutes les autres avec les récriminations de ses collaborateurs qui n’en pouvaient plus des questions sur l’impôt prélevé à la source. Il posa son manteau sur l’accoudoir du fauteuil, et embrassa son grand-père.
— Tu vas de mieux en mieux, je trouve.
— Merci, je trouve aussi. Dis-moi…
Il hésita ce qui n’était pas dans ses habitudes.
— As-tu des nouvelles de Muguette ?
Jasmin le regarda avec surprise.
— Muguette ? Mais…
— As-tu de ses nouvelles oui ou non ?
— Ne t’énerve pas. Je te rappelle que c’est à cause de toi que je ne la vois plus. Elle ne veut même plus me parler.
— Pourtant tu sais bien que cet enfant est le tien.
— Tiens donc, en voilà une belle nouvelle. Tu m’as assez fait…
— Pas de grossièreté sous mon toi, tu veux bien. Oui, je t’ai emmerdé, j’avoue !
Jasmin ne put s’empêcher de sourire.
— J’aimerais que tu la recontactes. J’aimerais bien connaître mon petit fils ou ma petite fille avant de mourir.
— Tu n’es pas près de mourir et c’est une petite fille.
— Il y aura donc deux arrière-petites-filles ici.
— Comment ça deux ?
— Ne fais pas l’imbécile, je sais que tu as eu deux autres enfants avec Viviane, la gamine amoureuse de toi quand tu avais 15 ans.
— Comment ? Tu savais ça aussi ? Moi, je viens de l’apprendre. Et pendant toutes ces années, tu m’as bourré le crâne répétant que je ne pouvais pas avoir de gosse, mais tu es ignoble.
— Calme-toi mon garçon, je veux justement arranger les choses.
— Arranger les choses ? Et comment vas-tu t’y prendre ? Les enfants de Viviane ont 20 ans. Tu crois qu’ils vont être ravis de te connaître ?
— Quand j’annoncerai la somme que je vais mettre à leur nom sur leur compte en banque, je ne pense pas qu’ils fassent une triste mine.
— L’argent, l’argent, tu n’as que ce mot à la bouche. As-tu pensé au mal que ça va faire ? Comment vont réagir les parents et grand-mère ?
Devant le silence de Louis, Jasmin rugit :
— Ne me dis pas que tout le monde était au courant ?
— Seulement Joséphine, tes parents n’en savent rien.
— Et grand-mère t’a toujours laissé me faire autant de mal ? Mais… qui êtes-vous donc comme grands-parents ?
Il saisit son manteau et laissa son grand-père. Le moteur de la voiture rugit et les gravillons volèrent dans tous les sens sous les crissements des pneus.
— On voit bien qu’il a les sous pour payer les pneus, ce gamin ! ronchonna Louis

— Je vous en prie, je serais tellement heureuse que vous veniez chez nous. Mon mari est au courant de ma visite et c’est lui qui souhaite vous rencontrer à nouveau.
Joséphine était assise dans le salon d’accueil devant Muguette qui n’en croyait pas ses yeux de voir cette vieille dame élégante, venue exprès pour elle.
— Ma réponse est non, je n’ai plus rien à voir avec votre famille. Ma petite fille grandira avec moi et sa grand-mère, un point c’est tout.
— Jasmin a quand le même le droit de voir et connaître sa fille, et moi en tant que…
— Rien du tout, vous ne serez jamais rien pour elle.
Le portable d’Elisabeth émit alors une discrète sonnerie. Elle s’excusa et décrocha.

— Tu te rends compte Angelo, ils savaient tous que j’avais déjà deux enfants.
Jasmin avait déboulé dans la boutique heureusement vide de son ami.
— Que comptes-tu faire ?
— Fuir, partir, disparaître.
— Je ne te savais pas si lâche ?
— Lâche ? Moi ?
— Bats-toi Jasmin, merde !  Tu n’as pas élevé tes deux premiers gamins, alors essaie au moins d’être là pour la troisième.

— Allô ? Paul ?
— Grand-Mamie ? Je suis content de t’avoir au téléphone, je voulais passer te voir pendant les vacances de février ? C’est maman qui m’a dit de t’appeler.
— Bien sûr mon chéri, je serais ravie de t’avoir à la maison. Je ne peux pas trop te parler mon bonhomme, je ne suis pas chez moi.
— T’es où ?
— Pas loin de l’océan, je crois que c’est là que tu es allé en week-end, il n’y a pas longtemps, Je vois ta photo dans l’entrée.
En effet, Pénélope avait l’habitude de prendre des photos des enfants de ses hôtes avec leur accord bien entendu. Elle faisait ainsi un joli pêle-mêle qu’elle changeait régulièrement. Quelquefois les parents acceptaient aussi d’y participer.
— Tu es chez Muguette ? Tu peux me la passer ?
Surprise, Elisabeth, regarda la jeune femme et demanda :
— Vous connaissez mon arrière-petit-fils Paul ? Il veut vous parler.
Muguette tendit la main.
— Coucou Muguette ? Dis tu veux bien venir aussi chez ma grand-mamie pendant les vacances.  Souvent, il y a mon parrain qui vient. Je l’aime bien parce qu’il est rigolo et qu’il me fait toujours des chatouilles, il joue toujours avec moi au ballon, et là il veut m’apprendre à faire du vélo. Je suis sûr qu’il te plaira, tu sais, il s’appelle Jasmin.  Allez viens Muguette !