Une maman qui prend soin d'elle. Qui aime écrire, lire et faire de la musique.

vendredi 16 novembre 2018

Dis Malou, tu m'écris une histoire



Quand Millie est arrivée chez Malou, elle avait des dessins plein son sac. Avec un regard à la « chat Potté » elle murmura :
— Tiens Malou, je t’ai apporté ça, tu pourras inventer une histoire et la mettre sur ton blog, tu sais avec Muguette.
Malou regarde Millie et saisit les dessins.
— Ils sont beaux ? demande avec anxiété Millie
— Bien sûr ma choupinette qu’ils sont beaux.
— Tu vas écrire une histoire ?
— Là tout de suite ?
— Oui pourquoi tu ne peux pas ?
Malou regarde Millie et sourit.
— Tu sais, il faut d’abord que je regarde bien tes dessins et qu’une histoire me vienne en tête.
— Quand tu écris sur Petit Paul tu n’as pas des dessins et en plus, Petit Paul il n’existe pas alors que moi j’existe.
— Tu aimes bien Petit Paul ?
— Oui. Maman me raconte les histoires parce que je ne sais pas encore lire.
— D’ailleurs, c’est moi avec Petit Paul ?
Malou sourit mais ne répond pas.
— Tu dis rien ? T’es fâchée ?
— Non, je réfléchis !
— Pour mon histoire ?
— As-tu une idée ?
— Ah non, c’est toi qui dois avoir les idées.
— Pourtant tu aimes bien raconter et inventer des histoires.
Millie sourit à son tour et vient se blottir dans les bras de Malou.
— Et si nous inventions ensemble ? demande Malou
— Avec Panpan ?  (Panpan est le lapin doudou de Millie)
— Si tu veux.
— Tu as vu la bleue, elle a des ailes.
— Oui, on pourrait l’appeler Maya l’abeille. Elle n’a pas le corps d’une abeille, mais on peut croire qu’elle s’est habillée autrement pour aller danser.
— Bonne idée, s’enthousiasme Millie.
— Elle rencontre alors sa copine avec le chapeau.
— Oui celle qui a chien. Et pourquoi il ne lui volerait pas son chapeau le chien ?
— Tu as raison, et Maya va le rattraper puisqu’elle …
— Non, c’est Panpan qui va rattraper le chapeau parce qu’il court vite.
— D’accord.
— Et celle qui a la couronne, c’est la princesse. Elle va être en colère parce que Maya l’abeille lui tourne autour et qu’elle est allergique. Elle a peur de se faire piquer.
— Tu en as des idées dis-moi ! alors, je récapitule.
Malou commença alors l’histoire.

— Il était une fois, une princesse qui était allergique aux piqures d’abeilles. Un jour, une petite bestiole habillée de bleue vint bourdonner à ses oreilles. Prise de panique, elle hurla qu’il ne fallait pas qu’elle s’approche d’elle parce qu’elle avait peur des abeilles et que si elle se faisait piquer, elle deviendrait toute rouge. Sa copine « Soleil » habillée toute en jaune essayait de la calmer quand arriva en courant un lapin qui portait un chapeau. Surprise, la princesse en oublia de crier et Maya en profita pour se poser sur sa tartine de miel parce qu’elle adorait ça. Soleil essaya de la chasser quand arriva en courant la fille sans chapeau.
— Excusez-moi Princesse, vous n’auriez pas vu mon chapeau ?
— Si, regardez le lapin là-bas, c’est lui qui est arrivé avec.
— Merci, je vais essayer de le récupérer parce qu’il y a du soleil aujourd’hui.
— Oui je sais, c’est moi qui le fais briller.
Soleil toute fière se dressa de toute sa hauteur pour bien montrer qui elle était. Mais la fille au chapeau se mit en colère :
— Vous feriez mieux de chauffer moins, sans chapeau, je vais attraper mal à la tête.
— Je ne suis pas d’accord, sans soleil, il n’y aura plus de fleurs, et moi je ne pourrais plus rapporter du pollen pour ma reine, butina Maya.
La princesse regarda la bestiole bleue, son amie Soleil et la fille au chapeau sans chapeau.
— Vous n’êtes jamais contentes. Quand il pleut, vous vous mouillez, quand il fait chaud, vous vous brûlez, alors que faut-il faire ?
— C’est vous la princesse, c’est vous qui décidez ! rétorqua la fille au chapeau sans chapeau.
— Un peu de soleil, un peu de pluie, vous serez contentes ?
— D’accord, répondit Panpan que tout le monde avait oublié, du moment que les carottes poussent, moi je suis content !

Millie applaudit et rit.
— Tu es formidable Malou. Tu vas la publier l’histoire ?
— Oui ma Pitchounette. Je peux mettre tes dessins aussi ?
— Sur ton blog ?
— Oui.
— Avec Petit Paul et Muguette ?
— Oui.
— Trop contente !




lundi 12 novembre 2018

Une page se tourne


— Tu crois qu’il va venir ?
Muguette tournait en rond dans la cuisine. Pénélope, sa maman, préparait le petit déjeuner pour ses hôtes. Elle recevait une famille, un couple et deux enfants. Malgré le temps incertain, l’attrait de l’océan faisait toujours recette. Elle ne répondit pas à sa fille. La jeune femme se précipita pour la énième fois à la fenêtre. Le ciel était bleu. Il faisait beau. Elle entendait les mouettes qui comme d’habitude la saluait. Quand son portable bipa, elle sursauta.
— Alors ma Mug ? Prête ?
— Coucou Félicie. J’ai une peur tu ne peux pas savoir. Déjà une semaine que je lui ai laissé le message pour qu’il vienne me retrouver aujourd’hui. Pas de réponse. Rien.
— Angelo ne l’a pas vu. Je ne peux pas te rassurer Mug. Alors, comment vas-tu lui annoncer la nouvelle ?
— Il le sait déjà non que je suis enceinte ! Je ne vois pas ce qui a de changé.
— Tu as raison. Pourquoi pense-t-il alors qu’il n’est pas de lui ? Pourtant quand tu lui as annoncé ici, il était ravi et ne s’est pas posé de questions ?
— Je ne comprends pas Félicie ! Quand je pense que son grand-père a traité mon enfant de bâtard, sans me connaître en plus ! Je n’arrive pas à l’avaler.
Pénélope toucha l’épaule de sa fille et lui indiqua une voiture qui remontait l’allée. Muguette reconnut celle de Jasmin.
— Il arrive Félie ! Je raccroche et je te tiens au courant. Pense à moi !
Les mains moites, elle saisit une serviette en papier sur la table pour se les essuyer. Derrière la vitre, elle contempla son chéri qui descendait. Comme il était beau. Pénélope, curieuse, le regardait aussi et chuchota à l’oreille de sa fille :
— Bel homme, je te l’accorde ! Va l’accueillir ma chérie !
Muguette ouvrit la porte. Jasmin leva la tête et l’aperçut. Elle allait courir vers lui quand elle se rendit compte qu’il ne souriait pas et qu’il ne faisait aucun geste pour l’aborder. Elle attendit alors qu’il soit devant elle pour lui dire bonjour. Elle lui tendit sa joue qu’il embrassa distraitement.
— Bonjour Muguette.
Le ton était froid et son regard avait pris la couleur de l’orage. Le caractère de la jeune femme reprit le dessus et oubliant ses bonnes résolutions, elle attaqua bille en tête.
— Tu viens ici et tu me fais la tête alors que nous ne nous sommes pas vues depuis une semaine ?
Surpris, parce que bêtement il avait pensé qu’elle ferait profil bas et lui offrirait ses plates excuses pour la gifle donnée à son grand-père, il faillit faire demi-tour.
Pénélope ayant entendu la réplique de sa fille sortit et accueillit l’amoureux de sa fille en souriant.
— Bonjour, je suppose que vous êtes Jasmin. Je suis Pénélope, la maman de Muguette. Entrez, je vous en prie, j’ai fait du café et quelques viennoiseries vous attendent sur la table si le cœur vous en dit.
En disant cela, elle tendait la main, qu’il saisit aussitôt. Il la suivit et passa près de Muguette sans la regarder.
La rage au cœur, la jeune femme lui emboîta le pas.
— Vous avez fait bonne route ?
— Oui, je vous remercie.
— Sucre dans votre café ?
— Non merci, je le préfère sans pour savourer tout son arôme.
— Vous avez raison, je fais de même. Un croissant peut-être ?
Il saisit la viennoiserie en se rendant compte qu’effectivement il avait faim. Il laissa promener son regard sur la cuisine en évitant le regard de Muguette. Pénélope le pria de l’excuser, elle devait s’occuper de ses vacanciers. Elle les laissa seuls non sans glisser un clin d’œil vers sa fille.
Celle-ci laissa Jasmin déguster son croissant sans mot dire. Elle se planta devant la fenêtre et regarda au loin. Il termina tranquillement son café.
— Tu désirais me parler, je t’écoute.
Déstabilisée par le ton employé, elle resta muette.
— Je ne compte pas rester toute la journée, alors abrège si tu veux bien.
Surprise par le ton, elle se rebiffa.
— Bon tu ne me parles pas comme ça d’accord.
Elle respira à fond et se lança.
— Je suis partie parce que je ne voulais plus te voir. La manière dont ton grand-père m’a traitée est inqualifiable. Il ne me connaît pas et…
— Je ne peux pas avoir d’enfant Muguette, alors, on arrête là tes histoires. Tu as voulu me faire endosser une paternité qui ne me concerne pas. Mon grand-père sait depuis longtemps que je suis stérile, il est normal qu’il n’accepte pas un « bâtard » dans la famille.
La gifle claqua sur la joue de Jasmin. Muguette siffla :
— Mon enfant n’est pas un bâtard comme tu l’appelles. Il est de toi. Mais puisque tu ne veux pas me croire, que tu t’imagines que je suis une vulgaire traînée, alors va-t-en mais surtout ne cherche plus jamais à avoir des nouvelles de ton enfant. Il sera à moi, je l’élèverai seule et tu n’auras rien à me dire.
— Tu me prends vraiment pour un imbécile ?
— Mais enfin, je sais avec qui je couche non ? Je te répète et c’est la dernière fois, que cet enfant est de toi. As-tu les preuves de ce que tu dis au moins ? Parce que moi, je suis certaine de ce que je t’annonce. Et au fait pourquoi à l’apéro chez Félicie et Angelo, tu étais heureux ? Qu’y a-t-il de changé ? Puisque tu sais depuis longtemps que tu es stérile, tu aurais dû me poser la question ce soir-là non ?
Jasmin ne répondit pas. Muguette éleva le ton.
— Va-t’en je ne veux plus te voir. J’avais espéré…
La jeune femme s’interrompit.
— Muguette, peux-tu comprendre que je …
— Non, je ne comprends pas. Tu ne me fais pas confiance, ça je l’ai compris. Alors pars, et ne cherche plus jamais à me revoir, ni moi, ni ton enfant.
La jeune femme lui tourna le dos et disparut.
Comment pouvait-il être aussi con ! Il s’en voulait de ne pas la croire. Mais la voix de stentor de son grand-père résonnait encore à ses oreilles.
— Tu es stérile mon pauvre Jasmin, tu ne pourras jamais avoir d’enfants. J’espère que ta sœur pourra nous faire un garçon qui aimera les vignes et pourra reprendre le flambeau. Hélas, je ne le verrais pas. Je refuse que ta copine te fasse endosser un gamin qui n’est pas le tien et qui plus tard pourrait revendiquer une part de mes vignes. Je veux du vrai sang De La Rochefleurie, pas du n’importe quoi ! Tu as vu comme elle m’a giflé ? On ne frappe pas un vieil homme !
Jasmin se repassait en boucle ces mots. Il devait en avoir le cœur net. Il allait faire ce foutu examen. Et si son grand-père lui avait menti, comment le dire à Muguette ?  Comment revenir vers elle ? Il craignait de trop souffrir et de ne pas voir son enfant grandir. Il était certain qu’elle refuserait de le recevoir. Alors pourquoi faire cet examen, puisque de toute façon, il ne la verrait plus ? La tête basse, il reprit sa voiture et disparut.
Jusqu’au bout, elle avait pensé qu’il reviendrait vers elle. Le voilage d’une chambre du haut retomba doucement, comme le rideau qui se ferme après un acte d’une pièce de théâtre.


vendredi 2 novembre 2018

Les souvenirs de Muguette



C’est l’odeur de pain grillé et de café qui réveilla Muguette. Elle ouvrit les yeux et écouta.
C’était bien lui qui ronflait au loin. Elle l’entendait comme si elle y était. Elle referma les yeux et se souvint.
Elle était toute petite, deux ans à peine, mais le souvenir restait bien présent. Elle essayait de courir dans le sable, et elle riait aux éclats, parce que les vagues venaient lui lécher les chevilles. Il ne faisait pas chaud, et maman répétait qu’elle allait prendre froid et qu’on n’avait pas idée d’emmener une pitchounette comme ça sur une plage en novembre. Mais papa riait. Il disait à maman qu’elle avait ses bottes jaunes à petits pois, qu’elle avait son ciré et sa capuche avec son bonnet dessous, qu’elle ne risquait rien et qu’il fallait bien qu’elle s’habitue à l’océan. Lui, il l’aimait tant…Il le prenait en photo tout le temps. D’ailleurs, c’était son travail à son papa. Qu’est-ce qu’il faisait de jolies photos. Elle se rappelle les jolis sourires qu’il lui demandait de faire devant l’appareil…
Muguette laissa échapper une larme et rageuse l’essuya. Elle gardait toujours les yeux fermés pour essayer de garder l’image de son papa, d’entendre encore et encore son rire, sa voix, et de sentir ses bras autour d’elle. Elle rageait de perdre peu à peu ses sensations. Trente-trois ans qu’elle voulait à tout prix garder en elle son image. Il y avait bien les albums photos, mais c’était avant sa naissance. Dès qu’elle était née, les photos avec ses parents emplissaient les pages. Le bonheur sortait de l’album tellement il y en avait. Et puis… plus rien.
Elle avait deux ans et un peu plus quand il était parti au ciel…
Elle l’avait cherché longtemps dans l’immensité étoilée, mais ne l’avait jamais trouvé. Elle était restée seule avec sa maman, Pénélope.
Elle sourit en pensant qu’elle portait bien ce prénom, sa mamounette. Elle était restée fidèle à … Ulysse. Oui, son papa s’appelait Ulysse. Prénom peu répandu et pourtant il en était fier. Muguette se rappelait qu’elle arrivait à le prononcer et ça faisait rire son père parce que ça ressemblait plus à « Hue Hisse ».
Pénélope et Muguette, Muguette et Pénélope. Inséparables, fusionnelles. Un amour sans limite. Comment se faisait-il que la jeune femme n’en parle jamais ? Qui pouvait deviner qu’elle avait une maman à qui elle téléphonait tous les jours, à qui elle se connectait sur skype chaque soir ? C’était preuve de faiblesse ça, et Muguette était une femme forte. Alors quand le grand-père de Jasmin l’avait traitée comme une moins que rien, son seul refuge ne pouvait être que chez Pénélope.
Elle se tourna dans le lit et ouvrit les yeux. Elle regarda sa chambre. Toujours la même, avec sa pile de livre en équilibre, sur son bureau. Une œuvre d’art comme répétait Pénélope. Une photo encadrée de l’océan prise par Ulysse, un soir d’orage. Une armoire avec des cartes postales épinglées sur la porte. Un peignoir rouge accroché sur la patère. Un bouquet de fleurs séchées.
Un grattement familier à la porte qui n’était pas fermée la fit sourire. Blacky s’impatientait. La jeune femme n’eut qu’un mot à dire pour qu’une boule blanche la bouscule, saute sur le lit et se mette à la lécher tout en sautant sur elle en jappant de joie.
— Je vois que tu es réveillée ma chérie, je peux t’apporter ton petit déjeuner.
— Attends maman, je peux descendre quand même, ne t’embête pas.
— Regarde, j’ai préparé ton plateau préféré.
Muguette regarda sa maman et lui tendit les bras. Elle se ressemblait toutes les deux. Brune, avec quelques fils d’argent pour Pénélope, mais c’était les mêmes. Après s’être serrées dans les bras affectueusement, Muguette s’adossa contre ses oreillers et entreprit de commencer son petit déjeuner devant le regard du westie qui espérait bien un peu de la brioche qui chatouillait son odorat depuis que Pénélope était entrée.
 Félicie a appelé.
Muguette s’étrangla avec son café.
 Félicie ?
 Tu devais bien te douter qu’elle savait où tu allais te cacher.
 Qu’est-ce-que tu lui as dit maman ?
 De rappeler, que tu dormais encore.
Pénélope regarda sa fille.
— Muguette chérie, tu ne peux pas te cacher comme ça indéfiniment. Pour ton bébé, il faut…
— Je sais. Je ferais ce qu’il faut pour lui. Pour l’instant, je veux rester ici. Je n’avais pas de rendez-vous important et je peux travailler d’ici.
— Je ne m’inquiète pas pour ça ma chérie. Tu peux rester ici le temps que tu voudras. J’ai des vacanciers qui viennent mais tu ne seras pas dérangée.
Pénélope tenait une chambre d’hôtes. Elle avait quatre chambres à disposition des touristes qui passaient régulièrement. Elle gérait toute seule ce qu’avec son mari, ils avaient monté ensemble. Mais elle s’en sortait. Forte et courageuse, elle n’avait jamais baissé les bras et avait élevé toute seule Muguette.
— Si on allait le voir ?
Pénélope savait parfaitement à quoi elle faisait allusion.
— Je t’attends en bas.
Muguette termina son café et une brioche à la main, elle sortit du lit au grand désespoir de la chienne qui dut le quitter aussi. Elle fila sous la douche.

— Elle est là ?
Pénélope regardait le jeune homme qui lui faisait face. Elle le connaissait bien. C’était Bob, l’inséparable ami de sa fille. Elle le fit entrer.
— Comment va-t-elle ?
— Tu veux un café ?
— Si vous ne me répondez pas c’est qu’elle va mal.
Pénélope lui servit une tasse.
— Tu as fait tout ce chemin pour la voir ? Tu as roulé de nuit ?
— J’ai rencontré son mec.  Il ne va pas bien du tout.
— Bob ?
Muguette en jeans et sweatshirt l’interrogeait du regard.
— Qu’est-ce que tu fais ici ?
— Après ton coup de fil, je n’ai pas pu m’empêcher de venir te voir. Muguette, il faut que tu reviennes. Ton mec n’est pas au top. Et je crois qu’il t’aime vraiment.
— Tu connais l’histoire ? Je ne pense pas qu’après avoir flanqué une gifle à son grand-père, il me pardonne aussi facilement.
— Tu sais que depuis qu’il a eu les oreillons, il est stérile ? Il m’a raconté ça devant un café. Une histoire de fous quand même et en plus c’est amusant parce que moi qui avais fait le malin quand j’étais venu avec Marlène te raconter que je ne pouvais pas avoir de gosses. Il y a plus malheureux que moi finalement, jamais je n’aurais dû rigoler avec ça. Mais je ne voulais pas de gosse avec Marlène, je n’ai trouvé que cette blaguasse pour qu’elle me foute la paix. D’ailleurs, c’est fini entre nous, elle m’a saoulé. En plus je n’avais pas réfléchi, que du coup, elle pouvait tomber enceinte. Mais qu’est-ce-que tu as ? Tu es toute pâle ?
Muguette ouvrit grand les yeux et posa ses mains sur son ventre.
— Mais ce n’est pas possible…
— Quoi ? Qu’est-ce qu’il n’est pas possible ?
— Je suis enceinte.
Ce fut autour de Bob d’ouvrir des billes grandes comme des soucoupes.
— Ben alors là ma vieille, qu’est-ce que t’as foutu ?
— Ah non, tu ne vas t’y mettre toi aussi. Mon gosse n’est pas un bâtard ok ?
Pénélope alertée par le bruit accourut dans la cuisine.
— Dis-lui maman que mon bébé ne sera jamais un bâtard.
Muguette s’effondra en pleurant.
— Vous le saviez vous que Jasmin était stérile ?
Ce fut au tour de Pénélope de s’interroger. Muguette, en larmes, regarda son ami et murmura :
— C’est toi le père alors !
Bob se laissa tomber sur la chaise et éclata de rire.
— On ne me l’avait jamais faite celle-là ! Je le saurais quand même si je t’avais fait un gosse non ?
— Tu te rappelles le soir où tu as embarqué Anabelle ?
— Oui et alors ?
— On a bu et …
Muguette se tut rouge de honte. Pénélope se tourna vers Bob et l’apostropha :
— Et ? Tu as fait quoi à ma fille ?
— Rien.
Muguette s’énerva :
— Rien ? Je me suis quand même réveillée dans ton lit.
— Oui mais bourré comme j’étais, je ne risquais pas de te faire un gosse. Et puis Muguette, je n’aurais jamais couché avec toi, tu es comme ma sœur.
— Tu es certain ?
— Certain.
— Alors mon bébé est de Jasmin.
— C’est pas gagné pour lui faire avaler ça dis-moi !

mardi 30 octobre 2018

Histoire d'Hommes





Jasmin faisait le pied de grue devant l’agence de Muguette. Il avait pris une journée de congé et espérait avoir réponse à ses questions. Sauf que les cloches de l’église sonnaient déjà 9 heures  et que la jeune femme n’était toujours pas là. Il s’approcha de la vitrine pour y jeter un coup d’œil. Aucune lumière ne filtrait.
— Je parie que vous êtes Jasmin !
Surpris, il se retourna.
— Bob, un ami de Mug. Mais elle m’a tellement parlé de vous que je vous aurais reconnu entre mille. Elle n’est pas encore arrivée ?
Jasmin hocha la tête et serra la main du nouveau venu. Il ne savait pas du tout qui était Bob. Apparemment, il ne connaissait pas aussi bien la jeune femme qu’il le pensait.
— Elle est en retard, ce n’est pas son habitude. Je vais l’appeler, elle a peut-être eu une panne d’oreiller.
Sans se préoccuper de Jasmin, il saisit son portable et composa le numéro.
— Mug ? Ton réveil n’a pas sonné ?
Bob s’éloigna un peu et Jasmin interloqué n’entendit plus la conversation. Son premier réflexe avait été de piquer le téléphone du jeune homme. Il piaffait d’impatience devant l’agence sans oser s’approcher.
Bob quant à lui, s’éloignait de plus en plus et jetait de temps à autre un regard furtif vers le directeur des impôts.  Finalement, il rangea son portable dans sa poche en sifflotant et profitant que Jasmin ne le regardait pas, s’en alla.
— Vous comptiez partir sans rien me dire ?
Jasmin le fusillait du regard. Bob, sourit.
— Elle est en vacances. Vous ne saviez pas  ?
Jasmin l’attrapa par le col de sa veste et le regardant dans les yeux demanda :
— Dites-moi où elle est ?
— D’abord, tu me lâches !  Et si elle est partie la Muguette, c’est que tu lui as fait une entourloupe. Amoureuse comme elle est, t’as vraiment dû lui faire mal ! Alors, j’te dirais pas où elle est.
Jasmin soupira et le lâcha. Bob, alluma une cigarette.
— T’as mal hein là ?
Il lui posa la main sur le cœur.
— Mais qu’est-ce que t’as bien pu faire pour qu’elle se carapate ?
— Je vous offre un café ?
— Tu peux me tutoyer, on aime la même femme, alors on est un peu frère !

Thomas n’en revenait pas. Prune n’était pas rentrée du week-end. Au téléphone, elle avait refusé catégoriquement de revenir si Anabelle travaillait toujours avec lui. Il avait insisté, argué que c’était son boulot et qu’il y avait une belle somme d’argent à la clé, rien à faire. Prune était restée chez Félicie. Il n’avait pas osé aller la chercher.
Il devait en plus supporter le regard noir de son fils qui donnait raison à sa maman.
— C’est relou quand même de travailler avec ton ex. Si c’était un thon encore, mais là, avoue qu’elle est canon !
— Tu as vu comment tu me parles Fred ? J’aime ta mère, je ne comprends pas qu’elle ne me fasse pas confiance.
— Mais t’es ouf ! Tu ne lui as même pas dit que t’avais une ex et que t’allais te marier avec, comment tu veux qu’elle te fasse encore confiance ?
— Mais ça fait longtemps, il y a prescription !
— Tu rigoles ? Anabelle ? Prescription ? Tu as vu comment tu la mates ?  Normal que maman prenne feu !
— Arrête Fred, tu délires.
— Je ne crois pas non ! Et si ça continue comme ça, j’irais dormir moi aussi chez Félicie. Je ne vais pas rester ici avec toi. Sur ce, ciao, je file au lycée.
Fred saisit son sac et partit en claquant la porte.

— Tu penses qu’il va faire les examens ?
Félicie regardait Angelo. Le lundi matin, il ouvrait plus tard sa boutique. Félicie était en vacances et elle avait décidé de l’accompagner pour voir un peu comment ça se passerait si elle travaillait avec lui.
— Franchement ? Je n’en sais rien … Il est tellement trouillard. Je n’arrive pas à comprendre comment un homme comme lui reste sous le joug de sa famille sans rien dire.
— Mais c’est quoi cette histoire de stérilité ?
— Mais c’est parti de rien. Jasmin a eu les oreillons, et je les ai eus juste après.  Quand nous avons été ado et que nous commencions à regarder les filles, j’ai voulu aller à la pharmacie pour acheter des préservatifs mais je n’avais pas d’argent sur moi et nous avions envie de rigoler. Nous y sommes allés tous les deux et nous nous sommes trouvés dans le magasin en même temps que son grand-père. Une drôle de coïncidence quand j’y repense…
Angelo se tut et réfléchit.
— Continue…Ne me dis pas que le papy a fait un esclandre ?
— Figure-toi que Jasmin ne l’avait pas vu et quand il a demandé, pas très fier parce que nous n’avions que quatorze quinze ans et qu’on ne savait pas trop comment  demander une boîte de préservatifs, son grand-père a entendu et a éclaté de rire dans la pharmacie.
— Non ? Il n’a pas fait ça ?
— Mais si ! Heureusement il n’y avait pas foule mais quand même !
— Et alors ?
— Il a claironné qu’il n’en avait pas besoin par ce qu’il ne pouvait pas avoir d’enfants. Ce à quoi la pharmacienne a répondu que ça servait aussi à le protéger et que c’était une très bonne initiative… Jasmin est devenu rouge comme un coquelicot, il a tourné les talons et est parti en courant. Je l’ai suivi. Et on n’a jamais plus acheté de préservatifs ensemble.
Angelo soupira.
— Cette histoire vient juste de me revenir. Après… Mais oui je me rappelle… C’est à partir de ce jour que nous ne nous somme plus vus. Il est parti faire des études je ne sais plus où. Moi, je suis resté ici. Mais, j’y repense maintenant, il a toujours voulu travailler la vigne. C’est à partir de ce jour qu’il n’en a plus jamais parlé et qu’il est parti pour entrer dans l’administration. Je ne l’ai revu qu’à la pizzeria. J’avais complètement perdu le contact avec lui. C’est drôle non ?


lundi 22 octobre 2018

Sans Muguette


Samedi matin chez Angelo et Félicie, petit déjeuner.
— Je suis inquiète, soupire Félicie. Jamais Muguette ne m’a laissé sans nouvelle.
— Tu n’as aucune idée vraiment ?
Prune assise en face d’elle sirote son café, les yeux dans le vague. La nuit n’a pas été bonne pour la jeune femme qui n’a cessé de penser à son homme avec Anabelle. Elle a laissé son fils chez elle. Il n’avait pas voulu la suivre. Il avait promis de la tenir au courant. Prune s’en voulait de mêler Fred à leurs histoires d’adultes.
Les jumelles sont seules. Angelo est parti faire le plein de fleurs pour sa boutique. Le samedi est une journée chargée pour lui. Il a laissé le café prêt et a concocté une brioche dont l’odeur se répand encore dans la cuisine.
— Franchement Félicie, qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que Muguette gifle le grand-père et s’enfuit ?  Je sais bien qu’elle est impulsive mais quand même !
— Oui, j’avoue …
— Tu me caches quelque chose j’en suis sûre !
Prune regarda sa sœur dans les yeux.
— Je sais bien que vous êtes proches toutes les deux, mais c’est mon amie aussi. Si tu sais quelque chose, tu dois me le dire.
— Fred ne t’a rien raconté ?
— Non. Pétunia est arrivée juste au moment de la gifle. Elle n’a rien entendu apparemment.
Félicie murmura.
— Muguette m’a appelé hier soir, très tard ou tôt ce matin.
— Je le savais.
— Ne sois pas fâchée Prune. Nous nous connaissons depuis tellement longtemps.
— Alors raconte ! Elle ne t’a pas obligé à garder le secret ?
Le portable de Prune sonna à ce moment. Quand elle vit que c’était son mari, elle hésita. Sa sœur sourit :
— Réponds, tu en meurs d’envie.
A contrecœur, elle décrocha.

Angelo venait d’ouvrir sa boutique quand la clochette retentit. Il tourna la tête et ne fut pas surpris de découvrir son ami.
— J’étais certain que tu allais débarquer ce matin ici.
— J’imagine qu’elle est avec ta copine ?
Le ton sarcastique de Jasmin horripila Angelo qui rétorqua.
— Qui elle ? Bonjour d’abord.
Il continua d’installer ses fleurs dans les vases sans le regarder.
— Excuse-moi mais je suis d’une humeur de chien.
— Je n’avais pas remarqué.
— Angelo regarde-moi enfin.
Son ami leva la tête.
— J’ai du boulot, je ne suis pas comme les fonctionnaires qui ne travaillent pas le week-end.
— D’accord. Mais avoue que j’ai de bonnes raisons d’être furieux.
— Je ne sais pas ce qu’il s’est passé.
— Elle ne t’a pas raconté ?
— « Elle » comme tu l’appelles, celle dont tu es amoureux et qui porte ton enfant, a un prénom. Elle s’appelle Muguette. Non, elle ne m’a rien raconté parce que personne ne sait où elle est.
Jasmin ouvrit de grands yeux.
— Tu veux dire que même Félicie ne sait pas ? Et elle ne s’est pas réfugiée chez toi ?
— Non tu vois !
Jasmin, les mains dans les poches, arpentait la boutique à une vitesse qui donnait le vertige à son ami qui l’apostropha :
— Arrête, tu vas stresser mes fleurs !
— Tu rigoles ?
— Ecoute, tu es de mauvaise humeur, je peux le comprendre mais je n’y suis pour rien.
— Muguette a giflé mon grand-père.
Angelo siffla en regardant son ami.
— Enfin !
— Quoi enfin ? Tu trouves ça normal ?
— Il fallait bien qu’un jour ça arrive. Il est infernal le patriarche, tu le sais bien.
— Et le respect des personnes âgées, tu en fais quoi ?
— Ils n’ont pas tous les droits. Ta femme avait certainement de bonnes raisons de…
— Ce n’est pas ma femme, rugit Jasmin.
— Elle porte ton enfant, c’est tout comme !
— Ce n’est pas le mien !
Angelo regarda son ami.
— Encore cette vieille histoire ? Je comprends mieux. Ton grand-père a dû sortir une ânerie dans le genre « qu’il ne voulait pas de bâtard chez lui » C’est normal qu’elle ait pris la mouche. Tu te rends compte quand même de l’insulte ?
— Je ne peux pas avoir d’enfant.
— Tu en as la preuve ?
— J’ai eu les oreillons quand j’étais petit.
— Moi aussi je les ai eus après toi, c’est toi qui me les as refilés, ça ne m’empêche pas de pouvoir avoir des enfants.
— Il paraît que moi …
— Arrête Jasmin. As-tu fait des analyses ?
— Pourquoi faire ?
— Pour connaître la vérité.
Jasmin se laissa tomber sur le tabouret décoratif qui  gémit et faillit s’effondrer sous le poids dont il n’avait pas l’habitude.
— Ne me casse pas mon matériel. Il supporte les fleurs pas les baraqués comme toi !
Il se releva.
— Qu’est-ce que je dois faire Angel ?
Jasmin avait spontanément utilisé le surnom de leur enfance. Son ami le regarda dans les yeux.
— Ce que tu aurais dû faire depuis longtemps. Vérifier que tu peux avoir des enfants.
— Tu parles d’un examen amusant toi !
Angelo éclata de rire.
— On n’a rien sans rien Jasmin. Fais-le, tu seras enfin débarrassé de cette histoire qui t’empoisonne la vie.
— J’en veux à mort à Muguette.
— Ne fais pas le gamin mon pote. Elle a dérapé mais je ne luis donne pas complètement tort.
— Elle ne pourra jamais faire partie de ma famille.
— Tu es sérieux ? Mais à quelle époque tu vis ?
— Elle a giflé mon grand-père.
— J’ai compris, tu n’arrêtes pas de le répéter. Il doit être vexé le bougre !
Angelo ne put s’empêcher de sourire devant l’air furibond de son ami.
— Tu ne l’as jamais aimé avoue !
— Je suis bien content que le mien ne ressemble pas au tien.
Un silence s’établit entre les deux hommes. Angelo en profita pour arroser ses plantes. Il surveillait du coin de l’œil Jasmin.
— Tu ne sais vraiment pas où elle est ?
— Non.
— Pas d’appel ?
Angelo hésita mais ne voulant pas trahir Félicie il répondit.
— Rien.
— Tu as hésité, je t’ai vu.
— Félie a effectivement reçu un appel cette nuit. J’étais à moitié endormi et ce matin, je suis parti avant son réveil.
— Appelle-la pour savoir et pourquoi tu ne lui as rien demandé ?
— Parce que je dormais et que Félicie a le droit de recevoir des appels et puis cesse de me donner des ordres Jasmin, tu m’agaces. Tu n’as qu’à l’appeler toi. Moi j’ai du travail. Regarde, j’ai un livreur qui arrive. Désolé, je vais devoir te laisser.
Jasmin, la mine basse quitta la boutique.