Une maman qui prend soin d'elle. Qui aime écrire, lire et faire de la musique.

lundi 7 janvier 2019

Janvier ou une histoire de mois



— Votre nom s’il vous plait ?
— Jean Vier
— C’est ça, moquez -vous de moi.
— Ce n’est pas une blague. Vous m’avez demandé mon nom, je vous le donne. Jean Vier.
— C’est cela oui ! Et février, ce sera Fée vrier ?
— Vous n’y êtes pas du tout, lui, il s’adresse aux fèves, c’est un rigolo. Il n’arrête pas de leur dire « Fèves, riez » Jean Vier éclata de rire. Mars, pauvre de lui, la publicité sur une barre chocolatée lui a fait beaucoup de mal, du coup il repart tout le temps et personne ne peut jamais lui parler. Il est souvent très essoufflé par sa course.
Intéressé, son interlocuteur attendait la suite avec un intérêt. Jean Vier reprit alors :
— Mai est un contestataire. Il finit toujours ses phrases par oui mais, d’ailleurs son surnom c’est armistice. Juin est ch’ti.
— Pourquoi donc ?
— Du jus Hein ! Vous n’êtes pas du nord, vous, sinon, vous l’auriez compris. Août ? Il se fait désirer et se cache tout le temps. T’es où qu’on lui dit.  Septembre aime les champignons, c’est un gourmand. Son nom Cèpes Tambre.  Si vous lui aviez demandé son nom, vous auriez encore cru que lui aussi se moquait de vous. Pas vrai ?
— Ouais ! En attendant vous me faites perdre mon temps et vous avez oublié des mois. Vous racontez n’importe quoi, donnez-moi votre vrai nom !
— Jean Vier, je vous dis ! Vous savez qu’octobre a le hoquet. Ce n’est pas rigolo, ne riez pas. Il hoque le bougre ! Novembre est anglais, avec son No à tout bout de champ, il m’énerve. Quant à Décembre…Il descend sans arrêt et ne monte jamais.
— Je ne vois pas le rapport !
— Il est un peu dur de la feuille, et croit toujours qu’on lui dit descendre !
— Vous avez oublié des copains en route, je crois !
Jean Vier soupira.
— Ah Vril ! Le pauvre, je l’aime beaucoup ! Mais il n’aime pas qu’on sache que son nom soit Vril ! C’est vrai que ce n’est pas terrible, avouez !
— Vous n’avez oublié personne ? Et Juillet alors ? Rien pour lui ? Vous voyez que vous racontez n’importe quoi. Donnez-moi votre vrai nom ?
Jean Vier grogna.
— Jules Y Est. Ah on le sait qu’il est là lui !  Vous êtes content ?
— Votre nom s’il vous plait ?
— Jean Vier !

vendredi 21 décembre 2018

Dis Monsieur l'Hiver...


Vive le Vent, Vive le Vent,
Vive le vent d’hiver,
Qui s’en va sifflant soufflant dans les grands sapins verts…
Vive le temps, vive le temps,
Vive le temps d’hiver,
Boule de neige et jour de l’an et bonne année grand-mère…

Bonjour Monsieur l’hiver, tu vas t’installer pour quelques mois, et je vais avoir froid. Je sais bien que ce n’est pas de ta faute, mais si tu pouvais faire que ton vent ne souffle pas trop, parce que ta bise, ce n’est pas comme celle que me fait ma maman, elle pique. Je suis obligée de mettre mon bonnet, mon écharpe et mes gants et ce n’est pas marrant.
Bonjour Monsieur l’hiver, je t’imagine avec une grande barbe blanche, parce que souvent il neige, et c’est comme si tu avais étalé ton long manteau blanc. A part les sapins, les arbres sont tout tristes, ils ont perdu toutes leurs feuilles, ils grelottent.
Dis Monsieur l’hiver, tu as déjà rencontré le Père Noël ? Je dis ça, parce qu’ici c’est toujours en hiver qu’il passe. Mais dans les pays où Noël est en été, il fait comment pour ne pas avoir trop chaud avec son grand manteau rouge ?
Dis Monsieur l’hiver pourquoi tu ne me réponds qu’en soufflant ? Tu es en colère ? Et pourquoi, tu as caché le soleil, tu t’es disputé avec lui ? Parce que je ne le vois plus beaucoup quand tu arrives, il est tout clair, il est tout bas dans le ciel et il fait mal aux yeux, et il n’est même pas chaud. Je ne peux pas mettre mes lunettes de soleil, parce que je ne vois plus rien, il ne fait pas clair comme en été.  En plus, quand il se lève, c’est tard, et il se couche tôt. Tu crois qu’il est fatigué ? J’espère que non, parce qu’en été, je veux qu’il revienne en pleine forme et qu’il brille beaucoup.
Dis Monsieur l’hiver tu as fait ta liste au Père Noel ? Et qu’est-ce que tu lui as demandé ? Un grand manteau pour tes vieux os ? Je pense que tu dois être vieux, depuis le temps que tu reviens chaque année.  Et dans les autres pays quand nous c’est l’été, tu fais pareil, tu souffles, tu fais du froid, tu fais tomber la neige et les températures ?

Pourquoi tu ne me réponds pas ? Tu n’entends pas bien ? Tu es en colère ? Tu dors ? Je suis quand même bien contente que tu arrives, tu sais pourquoi ? Parce que ça va être bientôt noël, que je vais avoir des cadeaux et que la famille va être réunie. Tu sais, je pense aussi à tous ceux qui sont tout seuls… Je pense à tous ceux qui ne seront pas là autour de la table…

Dis Monsieur l’hiver…
Sur le long chemin
Tout blanc de neige blanche
Un vieux monsieur s'avance
Avec sa canne dans la main
Et tout là-haut le vent
Qui siffle dans les branches
Lui souffle la romance
Qu'il chantait petit enfant :

Vive le Vent, Vive le Vent,

jeudi 20 décembre 2018

La décision de Muguette


Pénélope était fébrile. Elle allait accueillir pour la première fois dans sa chambre d’hôtes une célébrité. Noël approchait et apparemment, cette personne voulait offrir un cadeau particulier à sa famille.
— Muguette, tu veux bien m’aider à préparer les chambres. Tout doit être nickel.
— Calme-toi maman, tu ne passes pas dans l’émission « Bienvenue chez nous », il ne va pas te faire un procès. Il vient juste passer un bon moment au calme.
— Il vient en famille et il y a quand même deux gardes du corps qui les accompagnent.
— Tu sais qui c’est ?
— Tiens regarde la photo.
Muguette jeta un œil et siffla entre ses dents.
— Ah oui quand même, le célèbre acteur de la série qui passe tous les soirs à la télé. Pour le coup maman ça va te faire une sacrée publicité.
— Je n’en ai pas besoin. Je me demande encore pourquoi il a décidé de venir ici.

Toutes deux préparèrent les chambres de la famille. Elles veillèrent scrupuleusement à ce que toutes les serviettes soient bien disposées. Muguette riait.
— N’en fais pas des tonnes quand même maman, ce n’est pas le président de la république quand même !
— Heureusement !
Elles éclatèrent de rire toutes les deux.

Quand la voiture stoppa devant le portail, les deux femmes n’en menaient pas large. Elles furent toute de suite rassurée. Le comédien s’avança vers elle, souriant, et les mit tout de suite à l’aise.
— Bonjour Mesdames. Vous savez qui je suis mais moi je n’ai pas l’honneur de vous connaître, faisons les présentations si vous le voulez bien et pour vous je suis Philippe.
— Pénélope, c’est moi que vous avez eu au téléphone, et voici ma fille Muguette.
— Enchanté, je vous présente ma femme et mes deux grands enfants.
— Si vous désirez me suivre, je vous montre vos chambres.

Muguette les laissa partir, songeuse.
Quand la jeune femme revint ver elle, peu de temps après, elle était seule.
— Je peux vous aider ? proposa Muguette
— Merci. Mon mari est déjà au téléphone. Ce n’est pas de tout repos d’être toujours connecté avec le monde entier. J’espérais au moins qu’ici…
Les deux jeunes gens arrivaient et entourèrent leur mère.
— Papa est au téléphone soupira le garçon.  Je pense qu’il en a pour un moment. Tu veux que nous allions voir l’océan ?
La jeune femme hocha la tête résignée. Ils partirent tous les trois. La jeune fille n’avait pas dit un mot.

— Tu as vu les enfants ? demanda Muguette à sa mère.
— Des adultes tu veux dire, sourit Pénélope. Ils sont jumeaux à mon avis. Tu as vu comme ils se ressemblent.
— Ils n’ont pas l’air de bonne humeur. J’ai l’impression que ce n’était pas prévu que leur père travaille.
— Ah ces vedettes, tiens justement le voici !
— Ma femme est déjà partie ?
— Avec vos enfants oui. L’océan est une véritable attraction, mais j’imagine que vous avez dû voir de belles plages bien plus belles qu’ici.
— Effectivement oui, mais…
Son téléphone bipa à nouveau. Il s’excusa et partit pour prendre l’appel.
— Tu parles de vacances avec sa famille !
Muguette et Pénélope sourirent complices.

Une nouvelle voiture stoppait devant le portail.
— Maman, tu avais prévu d’autres hôtes ?
Muguette ouvrit de grands yeux quand elle reconnut Jasmin. Son cœur se mit à battre la chamade. Il lui avait tant manqué. Elle n’arriverait pas à l’oublier. Qu’allait-il lui dire.
— Je peux entrer ?
Pénélope s’approcha pour l’embrasser. Muguette resta sur la défensive. Elle le salua du bout des lèvres comme un gamine boudeuse.
— Je suis venu te parler ma chérie.
Le « ma chérie » l’interpella. Elle ne répondit pas.

— Désolé de vous déranger, ma femme est partie de quel côté ?
Jasmin surpris regarda le comédien qui se tenait face à lui.
Pénélope lui indiqua la direction de l’océan. Il ne fit pas cent mètres que sa femme revenait vers lui.
— Il ne fait pas chaud, je vais prendre mon écharpe…
Elle stoppa net devant Jasmin.
— Viviane ? 
— Jasmin ? Quelle coïncidence ! Tu es en vacances ici aussi ?
Philippe sourit et tendit la main au jeune homme.
— Heureux de faire votre connaissance enfin ! Moi c’est Philippe. J’ai tellement entendu parler de vous !
Les deux jeunes gens revenaient aussi. Muguette leva alors les yeux et comprit son malaise. Le garçon ressemblait trait pour trait à Jasmin.
— Nous allons vous laisser n’est-ce pas ma chérie, reprit le comédien. Je vous emmène, je vous ai préparé une surprise. Mon coup de fil de tout à l’heure c’était ça. En route !
Il saisit sa femme par les épaules et se tourna vers ses enfants.
— Jasmin et Fleur, vous venez ?
Muguette ouvrit de grands yeux et éclata de rire.
— Mais je rêve, tu as déjà deux enfants ? Il faut croire que tu n’es pas du stérile mon chéri ! Non mais quelle blague ! Et c’est moi qu’on traite de …
Elle se tourna alors vers Viviane et lâcha froidement :
— Le grand-père vous a fait le coup aussi des enfants bâtards ? Parce que moi oui.  Et lui, (elle désigna son chéri), il vous a fait croire qu’il ne pouvait pas avoir d’enfants ? Parce que moi c’est ce qu’il fait depuis que je suis enceinte, mettant en doute ma fidélité.
— De quoi elle parle cette pouffiasse ? dit Fleur
— La pouffiasse dit que ton père n’est pas ton père. C’est lui ton géniteur, Jasmin de la Rochefleurie. Avec les prénoms que vous avez, vous ne ferez pas tâche dans cette famille. Désolée de te l’apprendre, mais ta vedette de père n’est pour rien dans ta fabrication. Aucun gêne d’acteur dans ton ADN, tu es la fille d’une grande famille de viticulteurs. Et toi, tu es le bien le fils de ton père, regarde-toi dans une glace, tu es son portrait tout craché. Bon, tu venais me dire quoi mon chéri ? Que tu voulais t’excuser de ne pas m’avoir crue maintenant que tu as la preuve que tu sais faire des enfants ? Tu sais quoi ?  Tu peux repartir comme tu es venu, je l’élèverais toute seule ma petite fille. Oui, parce que c’est une petite fille que je porte. Et crois-moi, pas de prénom de fleur en vue ! Va-t’en, je ne veux plus jamais te revoir, tu m’entends, plus jamais.


mercredi 12 décembre 2018

Line et Jasmin


Line ne décolérait pas. Elle avait fulminé dans la voiture tout le long du retour. Le week-end à la chambre d’hôtes chez Pénélope s’était bien passé jusqu’à ce qu’elle apprenne que le bébé de Muguette était de Jasmin. C’est Pénélope qui avait vendu la mèche sans le faire exprès. Line avait alors regardé la jeune femme sans rien ajouter. Depuis, elle était furieuse après son cousin germain qu’elle adorait depuis leur plus tendre enfance. Très proches, très complices, elle ne comprenait pas qu’il ne lui ait rien raconté. Aussi, c’est avec détermination qu’elle s’était rendue sur son lieu de travail et avait demandé à lui parler. D’habitude, il fallait prendre rendez-vous pour rencontrer le chef, mais par chance, Jasmin passait dans le hall d’accueil quand il aperçut sa cousine.
— Line ? Qu’est-ce que tu fais là ? Un problème dans ta déclaration ?
Il la prit dans ses bras et l’invita à le suivre dans son bureau.
— Quelle surprise, ça faisait longtemps, tu me manquais !
— Ah oui ? Tu en es certain ?
Le ton de sa cousine l’alerta aussitôt.
— Un problème avec ta grossesse ? Je suis désolé si je n’ai pas été très présent mais…
— Tu comptais me l’annoncer quand que tu allais être papa ?
Il encaissa le coup.
— Comment sais-tu ?
— Figure-toi que j’ai rencontré ton amoureuse ! Muguette n’est-ce pas ?
— Assieds-toi et raconte-moi comment va-t-elle.
— Tu as un certain culot quand même ! Tu n’as qu’à lui demander toi-même !
— Elle ne veut plus me voir.
— Pourquoi ? Qu’est-ce que tu as bien pu lui dire pour qu’elle soit fâchée contre toi ?
— Que je ne pouvais pas avoir d’enfants.
— Ah tu ne vas pas recommencer avec cette histoire Jasmin. Louis, t’a fichu cette idée dans la tête et tu le crois toujours. Tu es idiot doublé d’un imbécile. Voilà ce que tu es. Tu vas passer à côté de ta vie.
— Tu appelles toujours grand-père Louis, ça m’agace.
— Pourquoi ? C’est son prénom, et il n’a rien de l’idée que je me fais d’un grand-père.
— Tu sais que Muguette l’a giflé ?
— Elle a bien fait. J’en meurs d’envie depuis longtemps mais l’occasion ne s’est jamais présentée. Alors, tu vas me faire le plaisir de l’appeler et de t’excuser et de vivre ta vie. D’accord cousin ?
— Ce n’est pas si simple Line.
— Quand on est amoureux, c’est simple comme bonjour, alors appelle.
— Attends, il y a quelque chose que tu ne sais pas.
— Quoi encore ? Tu ne vas pas m’annoncer une autre grossesse quelque part quand même ?
— Tu ne crois pas si bien dire.
Elle le dévisagea sans comprendre.
— Te rappelles-tu de Viviane ?
— Vaguement, elle était amie avec toi et…
— Angelo Rossi, tu te souviens de lui ?
— Oui, le bel italien. Tu as toujours de ses nouvelles ?
— Figure-toi qu’il est le compagnon de la meilleure amie de Muguette. Alors, oui, j’ai de ses nouvelles. Il est fleuriste pas loin d’ici.
— Donc, Viviane ?
— Je l’ai revue par hasard, elle est nommée professeur des écoles ici.
— Ne me dis pas que tu tombé amoureux d’elle ?
— Elle est mariée et a deux enfants, des jumeaux.
— Je ne vois pas …
Line ouvrit de grands yeux.
— Non ?
Jasmin hocha la tête.
— Un garçon et une fille, Jasmin et Fleur.
Line éclata de rire.
— Mon pauvre ami, tu es gâté ! Mais tu es certain qu’ils sont tes enfants ?
— Oui, Viviane me l’a confirmé. Elle veut même si je le souhaite que je fasse un test pour en être convaincu.
— Donc tu n’es pas stérile, voilà une bonne nouvelle. Tu vas pouvoir retourner voir Muguette et élever TON enfant.
— Tu me vois arriver la bouche en cœur et lui dire que finalement, je reconnais qu’elle est bien enceinte de moi ? Je vais me faire jeter.
— Elle aurait bien raison. Tu n’as plus qu’à ramer pour la convaincre que tu l’aimes toujours et…
— Comment lui dire que je suis déjà papa de deux enfants ? Elle va tout de suite penser que c’est pour ça que je reviens la voir, parce que j’ai enfin la preuve que je peux en avoir.
— Et Viviane, son mari est au courant ?
— Bien sûr, ils se sont mariés qu’elle avait déjà les jumeaux. Ils ont vingt ans.
— Ah oui quand même !
— Il les a adoptés ?
— Oui, ils portent son nom.
— Tu n’as pas intérêt à annoncer ça à Louis.
— Les enfants savent qu’ils ont été adoptés ?
— Oui Viviane a tout raconté, mais ils ne savent pas que je suis leur père.
— Ils ne cherchent pas à le retrouver ?
— Apparemment non !
— Et toi, tu n’as pas envie de les rencontrer ?
— Je les ai vus. Ils me ressemblent, surtout lui.
— Donc, tu appelles Muguette et tu t’expliques et tu t’excuses. J’avoue que tu me stupéfies… Tu te retrouves papa de deux grands enfants et ça ne te fait ni chaud ni froid. Je me demande si tu as vraiment un cœur là !
Elle pointa son doigt sur le torse de son cousin.
— Oui, Oui, je vais le faire et je vais tout raconter. Tu ne changeras jamais toi !
En disant cela, il lui ébouriffa les cheveux affectueusement et soupira.
— Si j’ai un cœur qui bat… Je ne sais plus trop où j’en suis mais je vais tout faire pour récupérer la femme que j’aime, je te le promets.
— Bon courage mon vieux, je te félicite si tu réussis. En tout cas, heureusement que nous sommes allés à cette chambre d’hôtes, sinon jamais tu ne m’aurais parlé. Bon, tu m’invites à déjeuner, je meurs de faim ?
— Bien sûr, et comment va mon filleul préféré ?
— Petit Paul va très bien et il adore Muguette.

samedi 1 décembre 2018

Petit Paul retrouve Muguette



Petit Paul ne tenait plus en place. Il partait à l’océan pour le week-end dans une chambre d’hôtes. Il ne savait pas trop ce que ça voulait dire, mais il avait compris qu’il y aurait le petit déjeuner et ça c’était top ! Il adorait les viennoiseries et le chocolat chaud.
Dans la voiture, il s’était à moitié endormi avec son doudou dans les bras. Même si papa et maman disaient qu’il devenait grand, il aimerait bien lui rester petit. Il espérait ne pas s’ennuyer, parce qu’en ce moment Maman Line était un peut fatiguée. Elle attendait un bébé, ça commençait à se voir, et elle n’avait plus le temps de s’occuper de lui, elle était souvent fatiguée. Papa Marco lui, il était toujours pareil, prêt à s’occuper de lui. D’ailleurs, il avait pensé à emmener un cerf-volant pour jouer avec lui sur la plage. Petit Paul espérait qu’il ne ferait pas trop froid, sinon Maman Line allait encore dire qu’il allait attraper froid et qu’il fallait qu’il reste au chaud.
— Nous sommes arrivés Petit Paul, c’est la maison et regarde il y a quelqu’un qui nous attend.
Petit Paul regarda par la vitre et n’en crut pas ses yeux. Il cria si fort que Maman lâcha son livre qu’elle lisait depuis le départ.
— C’est Muguette ! C’est Muguette !
Ses parents se regardèrent sans comprendre. Qui était Muguette ?
Petit Paul se détacha tout seul, il avait la permission depuis qu’il avait compris qu’il fallait qu’il attende que la voiture soit arrêtée.
— Tu m’ouvres papa s’il-te-plait ?
Une fois dehors, Petit Paul se rua sur la jeune femme.
— Bonjour Muguette ! Je suis trop content de venir chez toi ? C’est toi la chambre d’hôtes ?
Pénélope arrivait derrière sa fille et sourit en voyant le bonheur du petit garçon. Elle salua Line et Marco qui s’avançaient.
— Je ne comprends pas que notre fils connaisse … cette dame !
En disant cela, Marco serrait la main de Pénélope.
— Je vous présente ma fille qui habite avec moi depuis quelques temps.
— Je t’ai rencontrée au parc, tu te rappelles ? Tu attends un bébé comme maman, c’est chouette.
Line regardait Muguette et se présenta à son tour.
— La maman de Petit Paul. Je suis désolée de l’accueil un peu… bruyant de notre bonhomme mais…
— Ne vous excusez pas, répondit Pénélope. Bienvenue chez moi, venez, je vais vous faire visiter et vous pourrez vous installer. Nous avons un peu de soleil, vous deviez pouvoir en profiter.
Alors que ses parents suivaient leur hôtesse, Petit Paul attrapait la main de Muguette.
— Tu ne dis rien, tu es fâchée ?
— Je suis surprise, je ne m’attendais pas à te voir. Tu as bien grandi dis-moi. Comment vas-tu ?
— Super ! Je suis en CP maintenant, je suis un petit dans l’école. Avant j’étais un grand à la maternelle.
Il se colla au ventre de la jeune femme et demanda :
— Tu sais ce que tu vas avoir comme bébé ?
— Oui, c’est une petite fille.
— Moi pareil, je vais avoir une petite sœur.
— Tu es content ?
— Oui, et tu te rends compte, elles pourront être copines. Comme ça, je te verrais souvent.
Muguette sourit. Ah, les enfants et leur logique. Comme elle aimerait redevenir petite et ne pas avoir à se poser de questions et prendre la vie comme elle venait.
— Arrête d’être triste, t’as un trait là qui apparaît.
En disant ces mots, il passa sa main sur la fameuse ride du lion de Muguette qui avait tendance à réapparaître en ce moment.
— Je ne suis pas triste, un peu fatiguée.
— Comme ma maman. Et le papa de ton bébé il est là ?
Comme toujours les enfants savaient appuyer là où ça fait mal, pensa Muguette.
— Non, il n’est pas là.
— Il travaille ?
— Oui c’est ça.
— Tu dis ça pour me faire plaisir, mais je sais bien que tu me racontes des histoires. Ton trait n’a pas disparu. Quand on parle de quelqu’un qu’on aime bien, on a le sourire, c’est mon papa qui le dit, d’ailleurs c’est vrai quand il parle de maman il a toujours le sourire en haut des oreilles. Sauf quand elle lui perd ses chaussettes, parce que tu sais, on a un fantôme dans la machine à laver qui s’amuse à embêter maman en piquant les chaussettes.
Muguette, un peu étourdie par ce flot de paroles, saisit le petit garçon par la main pour lui proposer un goûter.
— Je sais pas si j’ai le temps. Moi je voudrais bien aller sur la plage faire du cerf-volant avec papa. Tiens, les voilà mes parents.
Petit Paul se jeta dans les bras de sa maman et dit :
— Muguette attend une petite fille comme toi.
— Félicitations, répondit Line. C’est pour quand ?
— Dans 7 mois.
— Comme moi, c’est amusant. Et tout se passe bien ? Moi, je me sens un peu fatiguée.
— Elle aussi, elle dit qu’elle est fatiguée, les interrompit Petit Paul. Dis, on va à la plage faire du cerf-volant ? 
— Tu sais qu’il faut être un peu fou comme ton papa pour avoir l’idée d’aller sur la plage en décembre soupira Line, mais il paraît que c’est bon pour le moral.
— Il a raison, l’océan apaise beaucoup de choses. Je vais vous laisser, passez un bon moment.
— Tu ne viens pas avec nous ?
— Il faut que j’installe le sapin dans la salle où tu vas prendre ton petit déjeuner demain.
— Je pourrais t’aider ?
— Petit Paul, tu peux bien laisser tranquille madame.
— Appelez-moi Muguette.
— C’est un joli prénom qui n’est pas courant.
— Vous avez des frères et sœurs ? Je vous demande ça, parce que mon oncle lors d’un pari stupide a dû appeler ses enfants d’un prénom de fleurs. Je ne critique pas votre prénom loin de là, mais mon oncle s’appelle de La Rochefleurie, alors évidemment…
— Tu viens ma chérie ?
Marco arrivait avec le cerf-volant et Petit Paul accroché à ses basques.
— Vous connaissez Jasmin de la Rochefleurie ?
Line se retourna surprise et Petit Paul éclata de rire :
— C’est drôle Jasmin de la Rochefleurie hein ? Tu devrais te marier avec lui, ça ferait Muguette et Jasmin. Muguette de la Rochefleurie ça sonne bien hein maman ? Et puis comme ça on serait de la même famille, je pourrais te voir souvent.  Bon, on va faire du cerf-volant ?





vendredi 23 novembre 2018

Viviane



Deux mois plus tard…

Prune était retournée chez elle et faisait toujours la tête à son mari. L’ambiance n’était pas au beau fixe. Anabelle travaillait toujours avec Thomas. Même si la jeune femme semblait ne plus avoir de vue sur l’architecte, ils restaient très complices de par leur passion commune, leur profession, d’où Prune se sentait exclue.

Muguette avait vendu son agence. Elle s’investissait dans l’activité de sa maman. Ce qui lui faisait un bien fou. La maison était assez grande pour elles deux. Elles s’entendaient à merveille. La grossesse de la jeune femme se déroulait à merveille. Lors de l’échographie, elle avait eu la joie d’entendre le cœur de sa petite fille battre. En effet, quand la gynécologue lui avait demandé si elle souhaitait connaître le sexe de son bébé, elle n’avait pu résister à la curiosité. L’émotion l’avait submergée quand elle avait su. Une petite Muguette vivait dans son ventre. Elle ne voulait pas penser au papa… Pénélope qui l’avait accompagnée lui avait serré très fort la main, elles s’étaient comprises.

Angelo et Félicie filaient le parfait amour. Félicie avait quitté le service des impôts et accompagnait son homme comme elle aimait l’appeler dans sa boutique de fleurs. Les habitués avaient été ravis de la voir et elle s’était très vite sentie à l’aise dans cet univers floral.
Le jeune homme n’avait jamais dit à sa compagne, qu’il rencontrait régulièrement Jasmin. Ils se voyaient souvent pour prendre un café le matin avant l’ouverture du magasin. Félicie arrivant plus tard, ils ne s’étaient jamais croisés. Justement ce jour-là, attablés en terrasse, malgré le temps frisquet, tous deux vêtus de manteaux douillets, ils sirotaient leur breuvage chaud et grignotaient les viennoiseries mises à leur disposition quand une jeune femme vint s’asseoir près d’eux. Elle jeta un œil sur les deux hommes assis à la table voisine.
— Alors si je m’attendais à te retrouver ici Jasmin de La Rochefleurie, quelle surprise !
L’interpellé leva la tête et la dévisageant, son visage s’éclaira :
— Viviane ? C’est bien toi ?
La jeune femme tendit sa joue en éclatant de rire.
— Dis-moi ça fait un bail et tu n’as pas changé, toujours aussi craquant que dans mes souvenirs.
— Tu n’es pas mal non plus.
— Flatteur va !
Elle regarda Angelo qui souriait aussi.
— Non mais, c’est toi Angelo ?  Si je m’attendais à vous rencontrer aujourd’hui tous les deux.
Les deux hommes contemplèrent leur amie d’enfance. Brune aux cheveux longs, elle était restée telle qu’ils en avaient gardé le souvenir. Les yeux rieurs, une fossette au creux de la joue droite quand elle riait. Et surtout, un charme fou qui ne laissait jamais indifférents ceux qui la côtoyaient, mais dont elle n’avait pas conscience.
— Viens t’asseoir avec nous et raconte.
La jeune femme n’hésita pas et s’installa avec eux.
— Pas grand-chose d’intéressant. Je suis mariée, j’ai deux enfants.
— Tu es revenue vivre ici ? demanda Angelo
— Figure-toi que je viens d’être nommée professeur des écoles et j’ai fait la rentrée cette année.
— C’est formidable ça, répondit Jasmin. Tu t’es installée alors ?
— Figure-toi que j’ai trouvé une superbe maison grâce à une agence immobilière géniale. Je n’ai pas attendu longtemps pour que la gérante me déniche mon coup de cœur.
Jasmin baissa la tête et pensa aussitôt qu’il s’agissait de Muguette. Angelo poursuivit :
— Quelle est la profession de ton mari ?
— Comédien.
Les deux hommes éclatèrent de rire.
— Connu ? Il passe à la télé ?
— Vous êtes comme les fans vous ! Oui, il est connu, et il passe surtout au cinéma.
Elle sortit de son sac une photo. Jasmin et Angelo ne purent retenir un sifflement admiratif. En effet, l’homme qu’ils avaient devant les yeux étaient la vedette du moment.
— Pas trop difficile de vivre avec une célébrité ?
— Il nous assez protégés les enfants et moi. Je pense que personne ne sait que je suis sa femme.
Angelo regarda sa montre discrètement et se leva :
— Désolé de vous laisser, mais j’ai une boutique de fleurs à ouvrir. Viviane, si tu as le temps, un de ces jours passe nous voir ma compagne et moi.
Il glissa une carte sur la table et l’embrassa sur la joue.
— A bientôt j’espère !
Jasmin et la jeune femme restèrent seuls.
— Et toi raconte, que deviens-tu ? Es-tu marié ?
— Non, je vis toujours dans la grande propriété et je suis directeur des Impôts.
— Toi ? Directeur des Impôts ? Mais il me semblait que tu voulais reprendre le vignoble de ton grand-père ?
Viviane tout en grignotant son croissant regardait son ami toute surprise.
— Toi qui aimais le grand air et les vignes, comment en es-tu arrivé aux impôts ?
— Une longue histoire.
— Pas de compagne, pas d’enfants ?
— Non, libre comme l’air.
Ils se regardèrent en silence puis Viviane murmura :
— Je suis désolée de t’avoir laissé comme ça, mais je n’ai pas pu t’en parler.
Elle essuya les miettes qui étaient tombées sur son manteau.
— C’est vrai que j’étais amoureux de toi, mais je crois qu’Angelo aussi.
Il sourit à ce souvenir.  
— Enfin, moi, c’était de toi que j’étais amoureuse.
— Oui je sais et tu m’as brisé le cœur…
En disant cela, il sourit.
— Un joli souvenir de jeunesse.
— Tu étais mon premier amour quand même et j’ai mis du temps à t’oublier.
 Vrai ? Tu étais amoureuse de moi ?
— Ne me dis pas que tu ne le savais pas. Tu as été le premier tu le sais bien.
— Oui, et ce n’était pas une réussite, tu te rappelles ?
Apparemment les souvenirs n’étaient pas les mêmes pour la jeune femme. Elle se leva un peu déçue. Il fit de même et ils se retrouvèrent face à face.
— Nous pourrons nous revoir si tu veux Viviane, je serais heureux de connaître tes enfants. Tu ne m’as pas dit, garçon ou fille ?
— Les deux et des jumeaux. Ils ont vingt ans.
— Waouh, félicitations ! Tu as bien de la chance, moi ce bonheur m’est refusé.
Il secoua la tête comme pour chasser un insecte imaginaire.
— Pourquoi refusé, demanda Viviane ? Attends de trouver la femme de ta vie et tu verras ça arrive plus vite qu’on ne le pense, j’en sais quelque chose.

— Maman ohé nous sommes là !
Viviane se retourna et sourit aux jeunes gens qui arrivaient face à elle. Jasmin fit de même et se figea sur place.
— Je te présente Jasmin mon fils et sa sœur Fleur.