Une maman qui prend soin d'elle. Qui aime écrire, lire et faire de la musique.

vendredi 14 septembre 2018

Muguette se pose des questions



— Mais je ne suis pas enceinte, ce n’est pas possible !
— Je suis certaine que si !
Muguette se leva et bouscula sa chaise comme elle en avait l’habitude manquant de renverser le serveur.
— Il y a une pharmacie là-bas, je vais aller chercher un test de grossesse.
Abandonnant ses amies, elle partit au pas de charge vers l’officine. Prune et Félicie restées seules la suivirent des yeux.
— Tu crois qu’elle va être contente ? demanda Prune
— Va savoir ! Apparemment, elle ne s’y attendait pas.
— Quand même, c’est tout Muguette de penser qu’elle est ménopausée parce qu’elle n’a pas eu ses règles.
— Tu sais avec elle, il faut s’attendre à tout. J’avoue que là, elle a fait fort.
— Elle ne prend pas la pilule ?
Félicie éclata de rire.
— Muguette m’a toujours dit que ce n’était pas la peine parce qu’elle n’avait pas d’homme dans sa vie et que de toute façon, ses ovules étaient comme elle, ils ne tenaient pas en place. Elle a même ajouté qu’ils ne pourraient jamais rencontrer un spermatozoïde.
— La preuve !
— Tiens la voilà !
En effet, la jeune femme revenait vers elles à grandes enjambées. Elle les apostropha :
— Vous savez où sont les toilettes ?
— Ecoute Muguette, tempéra Prune, tu ne préfères pas faire ça chez toi au calme et découvrir la nouvelle dans un lieu sympathique plutôt que dans des toilettes de bar ?
Muguette se laissa tomber sur la chaise.
— Vous croyez ? Je n’ai pas l’habitude de ces choses-là.
— J’en suis certaine, viens chez moi si tu veux, Thomas est absent et Fred avec Pétunia. Nous serons tranquilles.
Elles se levèrent de concert et réglèrent leur consommation au serveur qui passait.

Arrivée chez Prune, Muguette restée muette pendant le trajet demanda :
— Vous regardez avec moi le résultat hein ?
— Tu vois que finalement c’était une bonne idée d’être à la maison.
Muguette s’enferma dans les toilettes avec son test. Elle défit délicatement l’emballage et lut la notice.

— Je suis toute excitée, ce serait une super nouvelle.
— Tu sais Prune, moi aussi je pense que ce serait une bonne nouvelle. Malheureusement, je ne sais pas si Muguette est prête.
Celle-ci sortit des toilettes, son test à la main.
— Il faut attendre…
— Oui mais pas longtemps !
Les trois amies lurent le résultat en même temps.
— Félicitations ma belle, tu es enceinte.
Prune la serra dans ses bras.
— Tu seras une formidable maman, Mug ! C’est une très bonne nouvelle.
Félicie, à son tour la prit dans ses bras.
Muguette les regarda, puis se passa la main sur son ventre. Elle ne comprit pas pourquoi les larmes lui vinrent aux yeux. Elle ne sut pas expliquer cette soudaine allégresse qui lui donnait envie d’éclater de rire , de chanter et de sauter partout. D’une toute petite voix, elle murmura :
— Je vais faire un petit ? Moi ?
— Oui toi, répondit Félicie, tu seras merveilleuse.
— Tu vas devoir aller voir le médecin pour faire la déclaration. Tu penses être enceinte depuis combien de temps ?
Muguette réfléchit :
— Deux mois peut-être, je ne sais pas trop.
— Tu vas l’annoncer à Jasmin ? demanda Félicie
Muguette ne répondit pas. Elle se revoyait le soir où Annabelle avait débarqué chez Prune et Thomas. Elle avait fait intervenir deux de ses potes Bob et Nathan. Ils avaient été ravis de lui rendre ce service. Ils avaient bien rigolé puis Nathan ancien alcoolique les avait abandonnés. Restés tous les deux, ils avaient bien picolé pour fêter cette blague. Elle se rappelait s’être réveillée avec un mal de crâne effroyable dans son lit… avec Bob. Impossible de se rappeler ce qu’ils avaient fait tous les deux. Ni l’un ni l’autre n’en avaient reparlé, et Muguette n’y pensait plus. Bob était son presque frère, elle n’imaginait même pas qu’ils aient pu coucher ensemble.
— Muguette, tu es avec nous ?
Ses amies la regardaient un peu inquiètes. Elle qui quelques instants auparavant était tout sourire, était maintenant au bord des larmes.
— Qu’est-ce qu’il se passe Mug ? lui demanda Félicie s’asseyant près d’elle et entourant ses épaules.
— Tu n’es pas obligée de le dire tout de suite à Jasmin tu sais, dit Prune. Si c’est ça qui t’inquiète. Tu peux attendre ce que va te dire le médecin. Il pourra certainement prévoir la date de ton accouchement.
— C’est fiable ça ? demanda Muguette.
— Le toubib va te demander la date de tes dernières règles et à partir de là il va faire ses calculs et tu sauras oui, à quelle date naîtra ton bébé. Peut-être même vas-tu faire rapidement une échographie et tu sauras si c’est une petite fille ou un petit gars, c’est merveilleux.
Prune souriait et lui caressait la main.
— Rassure-toi tout va bien se passer. C’est merveilleux d’attendre un bébé.
— Vous me promettez de ne rien dire ? De ne pas me juger ? De ne pas rire ?
— Mais …
— Promettez-le moi !
Ses deux amies en riant levèrent la main droite et dirent en chœur :
— Promis, on ne dira rien !
— Promis ?
— Promis ! Mais tu nous fais peur là, reprit Félicie. Tu sais bien que tu peux nous faire confiance quand même !
— Je ne sais même pas si Jasmin est le père.


mardi 11 septembre 2018

Petit Paul a repris l'école



Petit Paul a repris l’école. Il a eu la belle surprise de découvrir dans sa classe, Pilou et Millie. Du coup, il s’est senti moins seul dans sa nouvelle école. Spontanément, les deux fillettes sont venues vers lui. Il était assez fier qu’elles le reconnaissent.
La journée s’est déroulée normalement, mais une fois rentré chez lui, Petit Paul est monté dans sa chambre et s’est plongé dans un livre…
Surpris, ses parents ont attendu patiemment qu’il redescende ne serait-ce que pour prendre un goûter. Papa, comme toujours s’est dévoué pour aller bavarder avec lui.
Allongé à même le sol, le petit garçon tournait les pages. Papa sentait bien qu’il cherchait quelque chose. Il s’assit sur son lit et attendit.
Après un soupir, Petit Paul referma son livre et regarda son père.
— Dis papa, tu es bien marié avec maman ?
Surpris par la question à laquelle il ne s’attendait pas du tout, son père éclata de rire :
— C’est une question que ta maîtresse t’a posée ?
— Non non mais je me demandais…
Petit Paul devint rouge comme une pivoine et commença à triturer son doudou signe chez lui de grande contrariété. Papa soupira et se laissa glisser sur le sol près de son petit garçon.
— Vas-y je t’écoute, bonhomme, qu’est-ce-qui te tracasse ?
— Ben… Pilou parlait avec Millie, tu sais qui c’est hein ?
— Oui, je crois me rappeler que Pilou est notre nouvelle voisine avec la balançoire et Millie la petite fille rencontrée à la jardinerie.
— Alors, Pilou ses parents sont mariés, mais pas Millie.
— Oui et …
— Pilou expliquait à Millie comment il fallait que ses parents fassent pour qu’ils se marient.
Papa ouvrit de grands yeux. Un brin nostalgique, il se rappela qu’à l’âge de son petit garçon, il passait son temps à jouer aux billes, et même à trappe-trappe, voir à cache-cache dans la cour… Il n’osa pas interrompre son fils, sachant qu’il risquait de le braquer et il fallait bien l’avouer, il était curieux de savoir ce que Pilou avait bien pu raconter pour que Petit Paul soit ainsi perturbé.
— Tu ne me demandes pas ce qu’elle a dit ?
— Si bien sûr ! Alors que faut-il faire pour que les parents se marient ?
— Tu te moques !
— Pas du tout, je t’écoute !
C’est le moment que choisit Maman pour entrer à son tour dans la chambre. Sans un mot, elle s’assit elle aussi à côté de son fils et attendit.
— Tu as fait comment Maman pour que Papa se marie avec toi ?
Elle regarda son mari qui haussa les épaules et sourit. Mais Petit Paul n’attendit pas la réponse et reprit :
— Pilou a dit qu’il fallait être gentil et poli. Tu es gentil et poli toi Papa, c’est pour ça que Maman a bien voulu se marier avec toi ?
— Heu…
— Mais Millie, son papa ne veut pas se marier avec sa maman, tu crois que c’est parce qu’elle n’est pas gentille et polie ?
— Heu…
— Millie, elle, elle l’aimerait bien que son papa dise oui, comme ça, elle dit qu’elle pourrait aller chez sa MaLou et son PaLou, parce que pendant qu’ils se marieraient elle pourrait jouer avec ses grands-parents. Moi, j’aimerais bien que vous vous remariiez comme ça, moi aussi, je pourrais aller chez grand-père et grand-mère, ça fait longtemps que je ne les ai pas vus ! Ben, vous répondez rien ?
Papa et Maman avaient bien du mal à garder leur sérieux.
— Pourquoi vous riez ? Vous avez pas le droit de rire, je ne raconterai plus rien, si vous rigolez tout le temps !
— Ecoute bonhomme, ta maman et moi nous sommes mariés parce qu’on s’aimait tout simplement. Oui, ta maman est gentille avec moi tout comme moi je suis gentil avec elle. Etre poli, ça veut dire… Respecter l’autre, ne pas lui dire de méchanceté, et…
— Dire merci, bonjour, s’il-te-plait, l’interrompit Petit Paul
— Tu as raison, lui dire le matin bonjour, lui dire merci quand elle te donne quelque chose, et s’il-te-plait quand tu lui demandes quelque chose.
Petit Paul sourit et tout en faisant un clin d’œil à sa maman dit :
— Tu le fais pas toujours hein ? Quand tu arrives le matin et que tu prends ton café sans parler et que tu bougonnes « comme un ours » … C’est Maman qui le dit.
— Je ne suis pas trop bien réveillé. Mais tu as raison, je ferai plus attention.
— Tu étais plus gentil alors avant pour que Maman ait dit oui ?
Papa regarda sa femme et se dit qu’il s’était encore embarqué dans une drôle d’histoire qui allait lui éclater à la figure. Mais Petit Paul reprit :
— Et moi quand vous vous êtes mariés, j’étais chez Grand-Père et Grand-Mère ?



mardi 4 septembre 2018

Le retour de Muguette et ses amies



— Coucou les filles !
Muguette arrivait, tout sourire, l’œil taquin, le visage bronzé, et embrassait ses amies Prune et Félicie.
— Alors prêtes ?
Prune et Félicie hochèrent la tête en même temps. Elles se tapèrent dans la main et éclatèrent de rire. Elles s’étaient donné rendez-vous à la terrasse d’un café. Il faisait beau. L’été n’était pas tout à fait fini.
— Ta nouvelle couleur te va bien Prune, remarqua Muguette en saisissant une mèche auburn de son amie.
— Oui, j’avais envie de changer un peu.  
— Alors racontez un peu ce que vous avez fait pendant ces vacances !
— C’est moi qui commence, dit Félicie. 
— Rien qu’à voir ta tête, tu vas avoir une superbe nouvelle à nous annoncer.
Muguette regarda son amie en souriant.
— Allez vas-y…
— Je vais emménager avec Angelo.
— Tu parles d’un scoop, soupira Prune
— Tu étais au courant ?
Muguette était surprise. D’ordinaire, c’était elle qui était au courant de tout concernant sa meilleure amie, mais depuis que celle-ci avait découvert sa sœur jumelle (voir épisodes précédents), il était évident que la donne avait changé.
— Mais non, reprit Prune, nous ne nous sommes pas beaucoup vues ne sois pas jalouse Muguette !
— Mais je ne suis pas jalouse, se rebiffa celle-ci.
— Ah vous n’allez pas recommencer toutes les deux, les interrompit Félicie. Donc, je disais que je vais habiter avec Angelo et… je vais travailler avec lui.
— Quoi ?
Prune et Muguette avaient réagi de concert. La première ouvrait de grands yeux et la seconde l’interpellait vertement :
— Mais tu es folle, tu vas quitter ton boulot de fonctionnaire pour … vendre des fleurs ? Tu as perdu la tête ma parole !
— Oh ça va ! C’est ma vie après tout, non ? Puis, ce n’est pas encore fait, mais c’est ma grande idée.
— Pourquoi pas je travaille bien avec Thomas moi !
— Mais ce n’est pas pareil, tu es mariée avec lui depuis 17 ans. Félicie ne connait Angelo que depuis 2 mois.
— Et alors ? Tu ne crois pas au coup de foudre toi ?
Félicie regardait Muguette en souriant. Celle-ci baissa la tête.
— Ah tu vois ! D’ailleurs où en es-tu avec Jasmin ?
— D’abord Prune, je raconterai après !
— C’est si long que ça ce que tu as à raconter ? Ou tu veux encore avoir la vedette ? demanda Prune
— Mais … Tu me cherches là Prune ? Il y a un problème ?
La jeune femme profita de la venue du serveur pour prendre leur commande pour éviter de répondre. Elles commandèrent toutes les trois une pression.
— Tu bois de la bière maintenant Prune ?
Décidément Muguette n’en revenait pas du changement de son amie.
— J’ai décidé de changer un peu oui, de profiter un peu plus de la vie, c’est pas mal si ?
Ses deux amies se récrièrent en même temps ;
— Tu as bien raison, je suis d’accord, tu as le droit de profiter …
— Et Thomas ? Il aime ce changement ? demanda Muguette qui avait le don de titiller son amie, là où ça piquait un peu.
— Il est un peu surpris, mais ça va !
Sa jumelle et Muguette la regardèrent mieux. La jeune femme buvait sa bière d’un trait, les yeux perdus dans le vague.
— Tu racontes ? osa insister Muguette
— Il n’y a rien de spécial à raconter. Thomas et moi sommes partis quelques jours à la plage avec Fred et son amie Pétunia. C’était bien.
— C’est tout ?
— Oui  nous sommes un vieux couple !
— C’est l’histoire d’Anabelle (voir épisodes précédents) qui te perturbe encore ?
— On parle d’autre chose, tu veux bien ?
Elle posa son verre et voulut en recommander un autre. Félicie posa sa main sur son bras.
— Ce n’est peut-être pas une bonne idée Prune.
Sa sœur la regarda, lui sourit et se tourna vers Muguette.
— Alors et toi ?
— Je crois que je vais m’installer avec Jasmin !
— Enfin !
Ses deux amies applaudirent ensemble et l’embrassèrent.
— C’est formidable ça ! Et vous allez emménager dans la maison que vous avez visitée ? demanda Prune
— Oui… je pense !
Félicie qui connaissait bien son amie l’interrogea du regard :
— Vous allez l’acheter cette maison ?
Muguette ne répondit pas immédiatement à la question. Elle hésita puis répondit :
— Il y a quelque chose qui m’intrigue… J’ai appris que Jasmin habitait toujours chez ses parents…
Félicie baissa la tête. Elle était au courant par Angelo qui connaissait le jeune homme depuis longtemps. Prune curieuse demanda :
— Mais … Il n’a pas son appartement à lui ?
Muguette secoua sa crinière. 
— C’est une grande maison près des vignes, ses grands-parents vivent aussi là-bas.
— Whaouah, une maison familiale, où chacun a ses appartements comme dans « Dallas » soupira Prune, j’aurais aimé ça moi, tu en as de la chance !
— De la chance ? Tu ne crois pas que je vais accepter d’aller vivre avec papa maman et papy mamy…
Muguette secoua à nouveau sa crinière.
— Alors ? Tu vas faire quoi ?
— Je n’en sais rien. Pour vivre avec Jasmin … Vous n’allez pas le croire, les filles, je dois rencontrer la belle-famille et passer un test de passage.
Elles éclatèrent toutes de rire.
— Vous me voyez moi passer un test ?
— Et si tu le rates ? demanda en riant Félicie
— Je ne pourrais pas habiter avec Jasmin, je suppose, mais j’avoue ne pas y avoir pensé.
— Que dit ton homme ?
— Je crois qu’il n’a pas le choix !
— C’est quand même terrible à son âge de devoir demander la permission à ses parents…
— Et ses grands-parents…
Elles éclatèrent à nouveau de rire faisant se retourner les passants amusés de voir ces trois jolies femmes qui riaient de bon cœur.
— Au fait, reprit Muguette, je ne vous ai pas dit … Là par contre, vous allez m’envier les filles … Je suis ménopausée…
Les rires des deux amies stoppèrent net.
— Ohé, ne faites pas cette tête, ce n’est pas la fin du monde ! De plus, j’ai de la chance, pas de bouffées de chaleur, je me sens en pleine forme. Un peu fatiguée, mais il parait que c’est normal. Par contre, je ne savais pas que ça donnait des nausées …
Elle regarda ses amies qui partaient dans un fou rire. Prune saisit son mouchoir pour s’essuyer les yeux et Félicie attrapa les mains de son amie. Muguette se méprit sur ce geste :
— Félie, ça va, je ne suis pas vieille quand même ! Mais qu’est-ce que vous avez à rire comme ça ? Vous êtes jalouse ou quoi ?
Félicie reprit peu à peu son souffle, fit à clin d’œil à Prune :
— On lui dit ?
— Me dire quoi ? s’impatienta Muguette.
— Félicitations ma belle ! dit Prune en l’embrassant
— Allez tu nous fais une blague, j’ai failli marcher, c’était ça que tu voulais nous dire en dernier ? C’est ça ? Tu as gagné, nous ne nous y attendions pas du tout ! répondit Félicie.
— Mais de quoi vous parlez ? Je ne comprends rien à votre charabia.
— Mais tu es enceinte Mug ! cria Félicie. C’est pour quand ?  

samedi 1 septembre 2018

Giovanni



Giovanni a fermé ses beaux yeux bleus pour toujours et Zabou se souvient…

Chaque été fin juillet, elle partait en vacances chez Giovanni et Gabrielle. Enfin pas tout à fait chez eux, juste la maison voisine.
Plus de huit cents kilomètres la séparaient de cette maison, mais elle y rêvait toute l’année. Elle était située au soleil en pleine campagne, alors qu’elle habitait en ville et le soleil était dans le cœur pas beaucoup dans le ciel.
Dès que son papa avait fixé la date du départ, les valises commençaient à prendre toute la place. Le départ était souvent fixé à quatre heures du matin, parce qu’il fallait avaler dix heures de route et qu’il ne fallait pas trop rouler avec la chaleur à laquelle elle et ses parents étaient peu habitués.

L’arrivée était toujours la même et les sentiments de joie et d’excitation quand la voiture franchissait les derniers kilomètres en grimpant la côte la faisaient danser dans la voiture au grand dam de son père qui lui demandait de se tenir tranquille.
La maison était là, l’herbe aussi. Papa sortait les clés pour ouvrir le portail mais Zabou était déjà hors de la voiture et criait :
— Je vais chez Fantine.

Fantine était son amie. Celle avec qui elle vivait pendant un mois. Elle était la fille de Giovanni et Gabrielle. Elle avait deux sœurs : Joe l’aînée, et Manou la plus jeune. Fantine était celle du milieu, et était née le même jour que Zabou à deux ans d’intervalle. Deux presque sœurs.

Zabou arrivait le cœur battant à tout rompre dans la cour. Il lui semblait que rien n’avait changé depuis l’année dernière. Elle était assaillie aussitôt par les parfums de foin, de tabac, de paille, et des … vaches. Elle n’avait rien oublié.

Toujours un petit moment de flottement quand Zabou et Fantine se retrouvaient. Quand on est gamines, ne pas se voir pendant onze mois, c’est long. Mais ça ne durait jamais longtemps ce flottement.

Gabrielle aussitôt avec son accent chantant disait :
— Te voilà revenue au pays ?
— Comme tu as grandi !
C’est les yeux rieurs de Giovanni qui l’accueillaient :
— Alors ? Tu n’as pas beaucoup de couleur, tu es bien blanche !
Les vacances chez Giovanni et Gabrielle étaient toujours les mêmes, année après année. Agriculteurs tous les deux, la journée était rythmée par le ramassage des tomates dans les grands champs un jour sur deux, puis par celui du tabac. C’était ça qu’elle préférait Zabou, le tabac.
Giovanni le coupait, et Gabrielle, ses trois filles et Zabou, le ramassaient par poignée de trois ou quatre pieds et le tendaient à Giovanni debout sur la remorque qui le plaçait de manière à ce que ses feuilles ne s’abîment pas. 
Il arrivait qu’en attendant que le tabac soit coupé, Zabou et Fantine fassent le clown sur la remorque. Elles dansaient, chantaient, et faisaient coucou aux quelques voitures qui passaient sur la route en éclatant de rire quand elles se faisaient klaxonner.
Zabou se souvient qu’elle avait gardé une feuille de tabac séchée dans un livre et qu’elle en humait le parfum le soir chez elle à la ville comme lui disait en souriant Gabrielle.

Au moment du goûter, tout le monde se retrouvait au frais dans la grande cuisine et Zabou adorait ce moment où elle allait pouvoir faire un « choupillon ». Tremper une grande tranche de pain frais dans du vin sucré.  Un régal ! Zabou en a encore le goût sur la langue. Ou alors, c’était le grand pot de confiture de prune qui arrivait sur la table. Et une tartine de cette confiture valait tout l’or du monde pour Zabou.  Ce parfum de prunes, Zabou ne l’a jamais oublié.
D’ailleurs, elle et Fantine en ramassaient des prunes. Assises sur le tracteur, elles n’avaient qu’à lever la main pour attraper les prunes bien chaudes… Zabou en a gardé des souvenirs de ces prunes chaudes avalées… Pourtant Gabrielle l’avait prévenue, et Giovanni s’en amusait.

Quand ce n’était pas le tabac, c’était le ramassage des tomates. L’odeur restait imprégnée sur le tee shirt de Zabou qui refusait, une fois repartie, que sa maman le lave. Elle pouvait rester des heures à le sentir le soir quand le cafard la saisissait par surprise.

En attendant que la chaleur soit moins forte, Giovanni faisait la sieste dans sa grange. Zabou qui avait une peur bleue des araignées ne comprenait pas pourquoi il allait s’allonger dans la remise aux pommes de terre. Il y faisait frais certes !
Pendant ce temps, elle et Fantine s’amusaient. Danses sur les tubes de Cloclo, dinettes sous la treille avec des histoires inventées par l’une et par l’autre, parties de jeux de cartes, lectures des feuilletons de « Nous deux ».

Et puis Giovanni sortait de la grange, le sourire aux lèvres. Il partait préparer les remorques. Gabrielle rameutait les troupes :
— Les filles, arrêtez de jouer, on va travailler.
Mais c’était toujours du plaisir pour Zabou. Peut-être pas pour Fantine, Joe et Manou, mais pour Zabou c’était ça les vacances.

Et puis quand la soirée approchait, il y avait le grand plaisir de Zabou qu’elle ne voulait rater pour rien au monde. C’était toujours un drame quand ses parents l’appelaient et que ce plaisir-là lui était refusé.
Zabou adorait rentrer les vaches. Avec Fantine, elles partaient en courant dans le pré avec un bâton. Gabrielle criait :
— Bé bé bé
Les vaches levaient la tête alors qu’elles ruminaient tranquillement, certaines couchées, se levaient lourdement et se mettaient en route vers la grange.
Giovanni avait enfilé sa blouse bleue, celle qu’il mettait pour la traite. Les animaux avançaient tranquillement et s’installaient à leur place. C’est Gabrielle qui les attachaient. Zabou était impressionnée et n’arrivaient pas à croire qu’elles connaissaient leur emplacement par cœur. Une ardoise avec leur nom était suspendue devant leur crèche. Il arrivait qu’une vache fasse la maligne et décide de rester avec sa copine, mais Giovanni élevait la voix et tout rentrait dans l’ordre facilement. Il les aimait ses bêtes. Quand il s’asseyait sur son tabouret et qu’il attrapait leur pis, elles se laissaient faire. Le lait coulait alors abondamment et Zabou se rappelle encore le bruit qu’il faisait quand il giclait dans le seau.  
C’était aussi le moment d’aller ramasser les œufs. Grimpées en haut des bottes de foin, Zabou et Fantine partaient à leurs recherches. Puis, elles allaient « panser » les lapins, couper les courgettes pour les cochons, rentrer les poules, arroser les fleurs.  Zabou n’était pas beaucoup chez elle, Gabrielle disait d’elle qu’elle était sa quatrième fille.

Le week-end, Joe étant l’aînée, elle allait au bal. Giovanni s’habillait alors pour l’accompagner en voiture. Zabou se souvient encore de cette 4L violette dans laquelle elle aimait bien grimper avec Fantine. Toutes les deux à l’arrière, elles ne cessaient de jacasser et de rigoler. Mais pour le bal, c’était juste Giovanni et sa fille. Zabou se souvient encore de son parfum quand il était s’était préparé. Ses yeux brillaient, et il lui arrivait d’allumer une cigarette. Elle n’avait pas beaucoup l’occasion de le voir ainsi vêtu. Aussi quand elle le voyait, elle ne pouvait s’empêcher de le trouver « chic ».  Alors il riait.

La fête du village était très attendue par Zabou et Fantine. Elle sonnait aussi la fin des vacances. Il était difficile pour Zabou d’être complètement heureuse. Souvent après cette fête, c’était le départ. Mais qu’est-ce qu’elles passaient de bons moments à cette fête. Pourtant, au fil des années, Zabou se sentait un peu abandonnée par Fantine qui retrouvait ses amies de toute l’année. Zabou devenait alors « celle qui vient de la ville ».

Les années ont passé. Les étés se sont succédés. La vie s’est déroulée… Zabou et Fantine se sont un peu éloignées, puis retrouvées… Le lien ne s’est jamais coupé.

Giovanni s’est endormi pour toujours. Il ne dira plus à Zabou « Ah voilà ma nièce » …

Zabou s’est blottie dans les bras de Gabrielle. Puis dans ceux de Joe, de Manou, et enfin dans ceux de Fantine.
Gabrielle lui a dit de ne pas pleurer. Gabrielle lui a dit de revenir quand elle voulait. Gabrielle lui a répété qu’elle était sa quatrième fille. Fantine l’a embrassée.
Zabou a dû partir, à regret. Elle s’est revue quand elle voulait absolument rentrer les vaches et quand ses parents l’appelaient, elle a ressenti les mêmes parfums de son enfance, Joe l’a accompagnée jusqu’à sa voiture…
Un dernier regard sur les près qui s’étendent au loin mais sans tomates ni tabac, un autre sur la grange qui n’est plus « grange » depuis longtemps, et Zabou est partie.



Minibulle 01/09/2018

jeudi 2 août 2018

Ballade en vélo



Monsieur Minibulle adore le vélo et ce n’est pas un euphémisme. Quand il dit qu’il « adore » le vélo c’est style qu’il pense vélo, qu’il dort vélo, qu’il mange vélo, qu’il s’habille vélo et qu’il a été vacciné par un rayon de vélo dit-il, et ça depuis … toujours !
Il a décrété un jour que Mme Minibulle devait aimer aussi le vélo alors il a ramé pour la convaincre. Il y est allé par petites touches :
— On fait du vélo ensemble ?
— Dis, ça ne te dirait pas qu’on fasse du vélo tous les deux ?
— Tu ne serais plus autant toute seule si tu faisais du vélo avec moi !
— Et si on t’achetait un vélo ?
Tous les moyens sont bons pour parvenir à ses fins mais c’est sans compter sur Madame Minibulle qui renâcle pour l’achat du vélo :
— J’en veux bien un, mais qu’il me plaise !
C’est-à-dire que ce n’est pas un vélo de course comme aime Monsieur Minibulle mais un vélo avec guidon haut qui permet à Madame de se tenir bien droite et non avachie comme les coureurs.  Donc le vélo choisi a un beau guidon, de jolis gardes bouts (qui pésent trois tonnes dixit Monsieur Minibulle), a une belle couleur taupe et il est de marque ! Oui Madame Minibulle ne veut quand même pas n’importe quoi.
— Tu as voulu m’acheter un vélo et que j’en fasse avec toi, ok, mais c’est moi qui choisis !
Monsieur Minibulle s’incline mais il refuse catégoriquement que sa moitié n’achète pas de casque.
— Tu mets ce casque sinon …
— Sinon quoi, je ne fais pas de vélo ? sourit malicieusement Madame Minibulle.
Après moult explications comme quoi il était quand même dangereux de ne pas mettre de casque, Madame Minibulle s’incline et en choisit un.  Beau évidemment. Pourtant ils se ressemblent tous semble dire Monsieur Minibulle, mais à croire que non, vu la manière dont le positionne sur sa tête Madame Minibulle.
— Ce n’est pas un chapeau là, s’énerve un peu Monsieur Minibulle. Tu l’enfonces bien, tu ne le mets pas de guingois, et tu mets ta sangle que je vais te régler.
Il tient chaud ce casque. Il écrase la frange de Madame Minibulle qui soupire, et semble trop petit pour faire rentrer sa tignasse de lionne.
— Non, je n’achèterais pas de tenue de vélo. C’est non négociable. C’est moche.
Elle n’en fait qu’à sa tête Madame Minibulle et elle choisira plus tard une jupe short. Les tee-shirts seront au gré de son envie du jour.
Les voilà enfin prêts pour partir en ballade.
— Ah mais non, pas en ballade s’indigne Monsieur Minibulle, qui lui a la « vraie » tenue cycliste et a fait des courses plus jeune (sic !) on fait du vélo.
Madame Minibulle ne bronche pas. De toute façon, il ne pourra pas la forcer à aller plus vite et puis c’est quoi la différence ?

Mais ce qu’elle n’avait pas envisagé Madame Minibulle c’est qu’elle y prendrait goût ! Parce que mine de rien, Monsieur Minibulle est un bon « coach » même s’il y a eu de grands moments de solitude pour Madame quand il s’agissait de passer les vitesses. Parce qu’il y avait des vitesses sur son super vélo…Il a donc fallu s’adapter au vocabulaire complètement loufoque pour elle :
 Là, il te faut changer de braquet ! (Quezaco ?)
—Tu mets le grand plateau ou la grosse plaque ! (On parle cuisine là ?)
— Tu montes d’un cran (Madame Minibulle se trompe de sens, du coup, elle se met à souffler comme un bœuf parce que c’est trop dur, elle s’est trompée de sens ! Mais tu m’as dit de monter !!)

Elle découvre ensuite que Monsieur Minibulle parle bizarrement :
— Donne un petit coup de cul pour grimper plus facilement (tu parles !)
— Mets-toi en danseuse ! (Moi j’ai fait de la danse classique, crois-moi chéri, ce n’est pas ça du tout ta danseuse !)
— J’ai la socquette légère ! (Traduisez : je tourne les jambes facilement. Il fallait la trouver celle-là, poète Monsieur Minibulle !)
— Mets tes mains sur les cocottes !
Là Madame Minibulle n’a pas pu s’empêcher d’éclater de rire :
— Les quoi ?
— Les cocottes.
— Mais c’est quoi ?
— Là au-dessus des freins !
— Ah bon ! Drôles de cocottes !

Elle découvre aussi que le vent n’est pas toujours son ami et qu’il faut savoir s’en mettre à l’abri.
— Mets-toi à l’abri derrière moi.
— Mais j’ai toujours le vent !
— Mets-toi comme ça !
Monsieur Minibulle est patient mais Madame Minibulle renonce. Le vent tourne avec elle. Elle l’a toujours de face. On dirait qu’il le fait exprès !
Et puis il y a les faux plats montants, et les faux plats descendants.
— Un faux plat c’est un faux plat, ronchonne Madame Minibulle, ça veut dire que ça monte. Dis que c’est une côte !
— Non, ce n’est pas une côte ! Regarde là-bas, ça c’est une côte !
— Heu non, on n’y va pas hein !
Monsieur Minibulle est indulgent, il ne veut pas dégoûter Madame Minibulle, et puis, elle n’a pas tout à fait le vélo qu’il faut hein pour grimper des côtes. Il est beau oui son vélo, c’est un fait, mais son prix de beauté pèse lourd ! Et les mollets de Madame Minibulle ne sont pas encore tout à fait bien entraînés…

— J’ai soif !
Monsieur Minibulle tend le bidon.
— On ne s’arrête pas ?
Il éclate de rire.
— Non, tu bois… Et n’arrête pas de pédaler !
— Mais ça marche comment pour boire, ton bidon ?
— Tu aspires !
Madame Minibulle aspire d’un coup et s’étrangle.  Courageuse et vexée, elle n’arrête pourtant pas de pédaler, même si les larmes lui piquent les yeux. Avec les lunettes, elle n’ose pas dire que ce n’est pas facile de s’essuyer. Son nez coule.
— Attends il faut que je m’arrête pour me moucher !
— Mais non, tu fais comme ça !
Geste à l’appui, elle voit son homme un doigt sur la narine se moucher.
— Mais quelle horreur, c’est des trucs d’homme ça ! Moi je m’arrête, jamais je ne saurais faire ça ! et puis j’ai faim ! Tu me donnes un truc et on s’arrête là !
Elle montre une allée fort sympathique qui lui permettrait de respirer un peu. Monsieur Minibulle tend une pâte de fruits. Elle est obligée d’arriver à sa hauteur pour l’attraper d’une main.
— Je sais ce qu’il faut faire pour que tu pédales plus vite. Le bidon et à manger tu rappliques !
— T’es pas drôle ! On ne s’arrête pas non plus ?
— On n’est pas là pour faire de la figuration hein ?
Il sourit. Elle sourit. Elle croque sa pâte de fruits tout en pédalant.


En vélo, ce qui est bien, c’est que vous croisez des cyclistes. De tous genres, hommes et femmes.
Monsieur Minibulle est terrible quand il les croise. Il paraît que tous les « vrais et bons cyclistes » qui se respectent doivent se saluer. Madame Minibulle aime bien dire bonjour. Monsieur Minibulle lui a montré comment faire. Mains sur le guidon, vous levez juste les doigts. Madame Minibulle préfère le dire clairement. Sauf que tous ceux qui font du vélo n’ont pas envie de dire bonjour.
— C’est fou ce que les gens sont impolis, remarque Madame Minibulle. Pas de sourire, rien, à croire qu’ils ne sont pas heureux de faire du vélo.
Alors Monsieur Minibulle s’est amusé à deviner comment allaient dire bonjour les cyclistes qu’ils voyaient arriver de loin.
— Tu vois celui qui a la tête dans le guidon, ne lèvera même pas le nez.
 Monsieur Minibulle le fera sursauter quand il criera en le croisant :
— Hey bonjour !
Il y a celui qui serait presque prêt à s’arrêter pour vous serrer la main quand il vous crie en levant le bras :
— Hey Adieu ! (Avec l’accent du sud bien sûr !)
Vous avez le couple qui comme Monsieur et Madame Minibulle font du vélo et vous salue en disant :
— Bonjour Messieurs dames, profitez-en pendant qu’il ne fait pas trop chaud…
Vous avez les « vrais » cyclistes en groupe qui lèvent à peine le nez, qui ont les mains sur les « cocottes » et lèvent quatre doigts pour vous saluer sans dire un mot.
Et vous avez ceux qui vous ignorent superbement et ceux-là Monsieur Minibulle ça le fait rire et il sort alors sa phrase qui ne fait rire que lui et dont il est très fier !
  Il y en a qui se la pètent et moi je me répète… (Bon, ça ne veut rien dire hein ? Mais il est content).

Une fois rentrés, Monsieur et Madame Minibulle consultent leurs compteurs.

C’est alors qu’on entend :
— Entraînement interrompu !
— C’est quoi ? Tu sais que tu n’as pas besoin d’application. J’ai mon compteur qui fonctionne sur mon vélo.
— Oui mais ton compteur c’est pour toi, moi je ne saurais pas à combien je roule !
Monsieur Minibulle explique patiemment à Madame qu’étant donné qu’ils roulent ensemble les données seront les mêmes.
— Je préfère avoir les miennes c’est plus sûr !
Monsieur Minibulle n’insiste pas. Il sait que c’est inutile. Madame Minibulle n’en démordra pas. Sa petite sacoche en bandoulière l’accompagne partout avec son portable et c’est ainsi.
— Et donc tes résultats ? demande Monsieur Minibulle
— J’ai fait du 18kms/h pour 32 kms.
— Pareil !
— Ton compteur dit la même chose ?
Monsieur Minibulle sourit en hochant la tête.
— Oui mais moi, il dit aussi combien de calories j’ai brûlé !
Monsieur Minibulle ne peut rient répondre à ça !
— Je te l’avais dit que ce n’était pas pareil !
Les femmes ont toujours le dernier mot pas vrai ?