Une maman qui prend soin d'elle. Qui aime écrire, lire et faire de la musique.

samedi 19 octobre 2019

Marie-Sophie (MarieSophe pour les intimes)



Vous ne vous êtes jamais demandé « qu’est-ce que je vais bien écrire aujourd’hui ? »
Moi, si ! Je m’appelle Marie-Sophie (MarieSophe pour les intimes et ne rajoutez pas sauf quoi, ça m’agace !) et je ne peux m’empêcher de poser des mots les uns derrière les autres. Je me suis rendu compte qu’une fois mis bout à bout dans le bon ordre, ces mots faisaient des phrases. Ce qui est génial, c’est que ces phrases reliées entre elles, elles racontaient une histoire.
 J’ai toujours un carnet sur moi, un crayon. Enfin, quand je dis un carnet, je dirais plutôt, un cahier. Mais pas n’importe lequel, le cahier, non, un de collection. Vous savez, celui avec une belle illustration dessus. Lorsque je vais dans une librairie-papeterie, oui parce que dans une librairie je n’y trouverais que des livres, même s’ils font mon bonheur, j’ai l’envie qui me démange d’aller fureter au rayon des crayons et des cahiers. J’en ai toute une collection, des petits, des grands, à petits et grands carreaux, à spirale, de couleurs.
J’ai la vingtaine et… bon OK, je frôle la trentaine, et il faut toujours que je la ramène. Je bosse dans un bureau. Je suis assistante de direction. J’assiste la direction. C’est quoi encore cette expression ? La direction n’a pas besoin d’être assistée vu qu’elle a toujours raison. Mais c’est écrit sur ma fiche de paie, assistante de direction. Donc j’assiste aux réunions, je planifie des rendez-vous, je fais marcher la machine à café pour le directeur (ça oui, je l’assiste), je fais tampon entre lui et… bref je suis entre le marteau et l’enclume, entre l’arbre et l’écorce ou assise entre deux chaises, vous avez compris ? Heureusement, je ne me laisse pas faire. Je ne suis pas une assistée moi !
J’adore regarder les collègues et n’en faire qu’une bouchée… sur mon papier. J’ai des carnets de notes sur eux et croyez-moi, ça vaut de l’or, si j’insiste.

Ce matin, je regardais par la fenêtre, c’est samedi, je n’assiste personne.
Ciel bleu, quelques nuages…

— Tu ne peux pas me prêter tes pinces ?
Je me penche. J’essaie d’être discrète ! C’est Charles, le voisin. C’est vrai qu’il est toujours mal coiffé et j’imagine qu’il a laissé ses doigts dans une prise encore ce matin. Ses cheveux sont dressés, je ne vous dis pas comment. Soit, il a mis une tonne de gel pour qu’ils tiennent ainsi, ou je ne sais pas qui lui a prêté des pinces pour que ça tienne. En tout cas, elles sont bien invisibles ces barrettes, je voudrais les mêmes.
— Alors, c’est oui ou non ?
Apparemment, il n’a pas eu ses pinces. Alors comment tiennent ses cheveux gris comme ça ! C’est du grand art. Je ne peux m’empêcher de le prendre en photo avec mon téléphone pour zoomer et bien regarder comment il fait. Mon Dieu qu’il est moche, vu de si près. J’efface en vitesse. Vous ne voyez pas qu’après on imagine que c’est mon mec. Parce que les copines pour ça, elles sont trop fortes. Mine de rien, elles zieutent ton portable et paf, elles découvrent une photo et ça y est c’est parti, elles se montent le scénario.
— T’es allé les acheter ou quoi ?
Le père Charles s’énerve. Mais qu’est-ce qu’il veut encore ? Elle est top ta coiffure, pépé, ne la ramène pas.
— J’arrive !
Là, je m’écarte vivement de la fenêtre. C’est Florent, celui dont la fenêtre donne sur ma chambre. Pas de toison grise, lui ! Plutôt noire comme le corbeau. Et des yeux à tomber par terre. Je les ais vus sur son compte Instagram. À chaque fois que je le croise, je n’ose même pas le regarder. Lui, il ne me calcule même pas.
— Tiens prends les ! C’est encore ta voiture qui fait des siennes ?
Qu’est-ce que la vieille Peugeot de Charles vient faire là-dedans. Je ne vous ai pas dit, je suis aussi très curieuse !
— Je n’arrive pas à la faire démarrer, je ne voudrais pas en changer, je n’ai pas les sous.
Tu parles Charles ! Bien sûr qu’il a de l’argent, mais ça, il n’y a que moi qui le sais. Bon alors, ces pinces ?
— Tu branches ?
— Je démarre !
Non ? Des pinces pour la batterie ? Il ne pouvait pas parler de câble comme tout le monde ?
Quand je vous disais que les mots c’était important ! 


mercredi 2 octobre 2019

Amour toujours


Logorallye écrit avec des mots proposés dont le thème était l’horreur, le fantastique.

Plic ploc, plic ploc. Encore cette satanée gouttière pensa Josette.
Quelle déchéance ! Elle vivait dans cette bicoque délabrée alors qu’avant…

Même sous la torture, elle ne dirait rien. Elle ne la supportait plus cette maison. Abandonnée de tous, elle vivotait. Pourtant, à bien y regarder, elle n’était pas moche cette baraque. C’était tout ce qu’on lui avait proposé. Elle était arrivée dans cet endroit, les mains sanguinolentes qu’elle avait difficilement cachées. Le flic souhaitait la protéger, tu parles ! Il voulait coffrer son homme. Elle, elle l’aimait. Elle refusait qu’on lui fasse du mal mais lui s’était-il posé la question quand il la mettait au supplice ? Elle mourrait de trouille quand il rentrait, elle en avait le cerveau en destruction, et lui, il avait le sourire enjôleur, toujours ! À chaque fois, elle y croyait ! Il n’allait plus braquer, il allait s’assagir, il lui promettait. À quand sa rédemption ? Parfois, ça durait un mois, quelquefois deux où ils étaient un couple normal. Il n’y avait jamais eu de crimes, il lui avait juré. Et puis un jour…
Ils étaient tous les deux en train de scier du bois pour l’hiver. Jeremy maniait la tronçonneuse comme un chef. Josette se rappelait encore, le parfum de résine qui se dégageait de l’arbre coupé. Le bonheur était à portée de mains, elle y croyait. Et puis tout avait dérapé !
Quelle abomination ce voisin ! Il lui tournait autour. Elle s’en était bien rendu compte, mais elle n’avait pas voulu en parler. Elle aurait dû ! Quand il avait débarqué dans la forêt pour proposer son aide avec ses sourires mielleux à la façon d’un représentant de dentifrice, elle avait bien compris que Jeremy soufflait. Elle le vit déposer calmement son outil au sol, oubliant volontairement de l’éteindre. Il s’avança, bouscula ce con de voisin, puis s’approcha de lui, le renifla à la manière d’un vampire, terrorisant l’homme qui tenta de rigoler. Bien mal lui en pris ! L’égorgement ne dura qu’une minute. Il tomba sur la tronçonneuse qui fit son travail. Pas besoin de cordelette. Il était mort. À ce moment précis, Josette détesta Jeremy. Il avait tout bousillé. Elle avait cru qu’il regretterait. Même pas ! La haine la submergea. C’était ça l’exécration ? Jamais, elle n’avait connu ce sentiment qui la dévorait.
Comme dans un brouillard elle le vit, creuser un trou et l’enterrer sans une once de remords. Bêtement, elle pensa aux papiers administratifs qu’il faudrait fournir, puis elle éclata de rire comme une folle. La faucheuse était passée pour ce pauvre voisin qui avait eu le malheur de craquer sur elle.
Quand Jeremy l’entraîna avec lui, elle le suivit comme un zombie qu’elle était devenue. Les jours d’après furent tellement angoissants que ses viscères se tordaient à chaque fois qu’elle entendait une voiture rouler devant chez eux.
Et tout recommença. Ses copains débarquèrent, et il étala des plans sur la table, il se reprit à étudier les allées et venues des gardiens de sécurité. Quelle damnation cet homme ! il fallait qu’elle parte !
Mais où s’enfuir ? Il y avait longtemps qu’elle n’avait plus de famille. Depuis qu’il était entré dans sa vie, si elle y réfléchissait bien. Alors qu’elle était une gosse de riches, une fille à papa, qu’elle pouvait prétendre à un héritage fabuleux, elle avait choisi le mauvais chemin.
Comme disait son père, elle avait plus que pêché, elle méritait la lapidation. On ne se lie pas avec un voyou, même s’il est le meilleur, et qu’il a l’air d’un gentleman.

— T’inquiète pas bébé, ça va aller comme sur des roulettes. Ce n’est pas encore aujourd’hui que tu iras au cimetière creuser ma tombe.
Elle avait horreur de ce surnom. Bébé, comme dans le film Dirty dancing, qu’elle adorait parce qu’il la faisait rêver et que les musiques l’enivraient.
Elle n’en pouvait plus de cet écartèlement, soit quitter son dangereux amour, soit retourner chez son père, où aucun gourdin ne l’attendait caché derrière la porte.
Sauf que ça n’avait pas tourné comme Jeremy l’avait prédit. Quand elle le vit revenir chez eux, le visage en sang et des plaies purulentes sur le torse, elle crut vivre les tréfonds de l’enfer.
Comment le soigner ? Plus de copains à l’horizon, ils étaient seuls. Il ne voulait pas entendre parler de médecin, et il se mit à délirer.
Alors elle appela son père au secours. Quand on a de l’argent, c’est tellement facile de faire jouer ses relations. L’enlèvement de Jeremy vers une clinique privée ne posa aucun problème.
Le regard noir de son paternel la cloua sur place.
— S’il ne tenait qu’à moi, je demanderais qu’il soit éviscéré. Ainsi, il ne te causerait plus de soucis.
Elle savait qu’il n’en ferait rien, parce qu’elle était sa fille unique et qu’il l’aimait. La preuve, il était accouru à son appel.
— Je t’interdis de prendre de ses nouvelles, laisse-moi faire.

Elle errait seule comme une âme en peine. Elle se sentait démembrée sans lui. Une partie d’elle était partie avec lui.
Quand le flic débarqua chez elle, comme un charognard qui guette sa proie, elle faillit ne pas ouvrir. Il fallait qu’il ne se doute de rien. Après tout, elle n’avait rien à se reprocher.
— Connaissez-vous un certain Jeremy Depain ?
— Vous pourriez au moins dire bonjour.
Elle cherchait à gagner du temps parce qu’elle ne savait pas quoi lui répondre.
— Dommage qu’une jolie femme comme vous copine avec un homme toxique comme lui. Mais vous avez raison, restons polis. Je suis le capitaine Malpartout.
Elle faillit éclater de rire. Il ne manquerait plus qu’il s’appelle Roger, pensa-t-elle. Roger Malpartout, ça sonne bien. Mais elle réussit à garder son sérieux.
— J’aimerais que vous veniez avec moi. J’ai quelqu’un à vous montrer. Enfin, je ne vous demande pas votre avis, suivez-moi.
Elle obtempéra. De toute façon, comment résister à un capitaine de police qui a mal partout.
— Je vous emmène à la morgue et vous allez me dire si vous reconnaissez un corps avant son autopsie.
Les jambes flageolantes, elle suivit le policier, sans piper un mot.
Les locaux étaient glacials et laids. On ne pouvait pas demander non plus qu’il y ait des fleurs et des coussins moelleux disséminés ici et là dans un endroit pareil. La table avec les scalpels qui attendaient sagement de se rendre utiles, lui fit froid dans le dos.
Un tiroir qu’on ouvre, une forme allongée encore recouverte. Elle respira à fond.
— Je vous présente votre petit copain Jeremy Depain.
Il souleva brutalement le drap blanc. Aucune expression ne filtra sur le visage de Josette.
— Je ne connais pas cet homme. Du reste, je vois mal comment je pourrais donner un avis.
— C’est vrai qu’il n’est pas beau. On dirait qu’il s’est fait dévorer par un cannibale.
Comment pouvait-il le savoir ? Elle, elle n’avait jamais rencontré de cannibale à l’action. À ce moment-là, une porte claqua violemment et deux hommes entrèrent. Ils étaient coiffés de grands chapeaux de cow-boys et des bandanas cachaient la moitié de leur physionomie.
Le capitaine Malpartout n’eut pas le temps de porter la main à son arme que sa tête volait en éclats. Josette pétrifiée sentit qu’on la tirait par le bras et qu’on lui essuyait son visage ensanglanté par les éclaboussures de sang.
Elle avait du mal à suivre les deux individus. Finalement, l’un des deux la souleva comme une plume et la balança sur son épaule comme un vulgaire sac de patates. Elle eut le temps de voir un camion bétonnière qui passait devant eux à toute allure et de penser que le capitaine allait vraiment avoir mal partout et puis plus rien.

Plic ploc plic ploc. Elle était encore seule. Elle ne savait pas qui étaient les hommes qui l’avaient sauvée. Son père était passé pour lui dire que ce capitaine venait pour la protéger. Elle n’y croyait toujours pas. Quand elle avait raconté ce qui s’était déroulé à la morgue, il avait hoché la tête, surpris. Il n’y était pour rien. Par contre, ce qu’il avait à lui annoncer était plus ennuyeux. Jeremy devait subir une trépanation. Il ajouta qu’il aurait préféré une décapitation, mais, il paraît que ça ne se faisait plus, il s’était incliné. Il risquait de perdre la mémoire.
— Il ne va plus se souvenir de moi ? osa-t-elle demander
— Ce serait une bonne chose en effet !
— Peut-être aussi qu’il ne pensera plus à tous ses braquages, espérait-elle.

Josette dormait à poings fermés quand un hurlement la réveilla en sursaut. Elle se leva en hâte et regarda par la fenêtre.
Quand il entra dans la pièce, elle n’eut même pas peur. Il était magnifique ce loup-garou, elle le reconnut immédiatement. Voilà ce qu’ils en avaient fait avec leur putain de trépanation. Il la souleva comme un fétu de paille et le clair de lune les vit s’enfuir dans la nature. Josette pensa que son nouveau parfum d’animal sauvage qui ressemblait plus à de la putréfaction allait la déranger. Il faudrait qu’il en change. Elle se blottit quand même contre sa fourrure pour avoir plus chaud, elle ne portait qu’une nuisette.

mardi 1 octobre 2019

Drôles de rencontres en Octobre


Tout le monde le sait, octobre est triste. Il fait froid. Il fait gris. J’entends les oies repartir vers le soleil. Je dois ressortir mon manteau, le bonnet. À la fin du mois, Halloween et ses citrouilles feront leur apparition et d’horribles monstres viendront frapper à ma porte pour avoir des bonbons.

Un peu d’optimisme que diable ! Surtout que je n’ai pas encore remis le manteau et que le soleil brille encore !



Et si… J’imaginais une rencontre entre trois personnes nées en octobre…

Gilbert avait 37 ans quand il la découvrit chantant dans un dessin de craie. Comme Bert, il la reconnut à son chapeau. Il la suivit alors qu’elle accompagnait les enfants dans le parc. Il la vit parler à un chien qui lui répondit. Comment était-ce possible ?

Elle ne s’appelait pas Nathalie, mais Julie, et pourtant elle était belle comme son guide quand elle lui indiquait le chemin pour aller sur la place rouge. Il osa l’accoster :

— Je suis perdu, pourriez-vous m’expliquer où sont les marchés de Provence ?
Elle passa son chemin et grimpa sur les toits en fredonnant « chem cheminée chem chem cherie »

 Et maintenant que vais-je faire ? pensa-t-il. Il aperçut alors un fleuriste, il osa lui acheter une rose.
Il courut derrière elle, mais comment faire pour grimper par la gouttière. Il n’était pas ramoneur. Il croisa un garçon qui avait piqué une orange. Le pauvre criait que ce n’était pas lui qui l’avait volée au marchand.
Julie du haut de son toit le consola en lui fredonnant « c’est le morceau de sucre qui aide la médecine à couler ». Le gamin lui sourit et lui, agile comme un singe, la rejoignit. Il en avait profité pour piquer la rose à Gilbert et lui chanter que c’était ça l’important.

Resté seul en bas, il contempla Louis, qui attablé devant un café lui murmura « il n’y a pas d’amour heureux », elle avait entendu et lui répondit du ciel « supercalifragilisticexpialidocious ».
— Mais qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Gilbert.
— C’est un mot qui remplace tous les autres quand vous ne savez pas quoi dire, cria-t-elle.
— « Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son cœur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux » l’homme répétait son poème sans s’occuper des passants. Il pensait à Elsa sa femme.

— Vous savez que la solitude, ça n’existe pas ? osa lui dire Gilbert.
Louis ne leva même pas les yeux, alors qu’un oiseau de toutes les couleurs se posait sur son épaule.

Julie Andrews 1er octobre 1935
Gilbert Bécaud 24 octobre 1927 – 18 décembre 2001
Louis Aragon 3 octobre 1897 – 24 décembre 1982



mardi 24 septembre 2019

Quand l'oncle Gabriel s'en mêle !

 Logorallye écrit avec des mots proposés. La consigne : Un mot d’un titre de livre aimé


Sam était une jeune femme un peu bizarre à ce que racontaient les voisins. Maman célibataire de 3 enfants, elle habitait dans une immense maison aux multiples portes. Un grand jardin bordé d’arbres et de fleurs inconnues la protégeait des intrus et des curieux.

— Ramenez vos fraises les gamins, c’est l’heure du goûter !
Aussitôt une fillette et deux garçonnets accoururent aussi échevelés les uns que les autres.
— Qu’est-ce qu’on mange ? demanda Tom le plus roux des trois
— Surprise !
— Elle va encore faire sa mystérieuse murmura Margot, l’aînée aux boucles orange.
— Allez, maman, dis-le, dis-le, j’ai faim moi ! Tonio était le plus jeune et parsemé de taches de son.
— Je suis certaine que c’est un gâteau aux mirabelles !
— Non au chocolat !
— Moi je préfère la crème !
— Cessez vos tribulations, je vous apporte des tartines de confiture tout simplement et ensuite, soyez sages !
Il faisait encore chaud dans le jardin. Ils s’assirent tous les trois autour de la table en bois, sur le banc, passablement abimé. Aussitôt, le chien Quartz déboula en jappant. Lui aussi savait qu’il aurait sa part de gourmandises.
Sam installait confitures maison et pain tout frais sorti du four. Elle s’assit près d’eux et baissa la voix.
— Vous me promettez de tenir votre langue et de ne pas sauter partout quand vous connaîtrez la nouvelle ?
Les trois enfants crachèrent dans l’herbe en jurant qu’ils ne diraient rien. S’ils mentaient qu’ils aillent en enfer.
— J’ai un reçu un mail tout à l’heure…
— C’est quoi un mail ? demanda Tonio
— Laisse la parler, répliqua Tom, si tu l’interromps tout le temps, demain on y est encore.
— Un mail c’est un courrier arrivé par l’ordinateur.
— Tu ne sais pas ça toi ?
Sam les fit taire d’un doigt sur la bouche.
— Tonton Gaby va débarquer.
Les cris de joie des enfants ne firent aucun doute sur le plaisir qu’ils avaient de revoir leur oncle. Une bourrasque se leva alors et les feuilles des érables qui ombraient la table se parsemèrent ici et là sur le bois.
— Le voilà.
— Tonton Gaby.
Il n’avait pas l’habitude d’arriver discrètement. Grimpé sur son cheval ailé, il fit un tour de jardin emportant au passage ses trois neveux.
— Bonjour mes petits anges !
Sam inquiète du bruit que son frère produisait, le fit taire d’un geste.
— T’es venu tout seul ? demanda Margot.
— Bien sûr que non.
Un coup de sifflet et un loup blanc majestueux sortit de derrière la haie.
— Zak mon beau loup d’amour.
Margot enfouit sa tête dans la fourrure de l’animal qui se laissa faire et se mit même sur le dos pour qu’elle lui gratouille le ventre.
— Bonjour sœurette ! Tu as vu, j’ai fait comme tu m’as dit, je t’ai envoyé un mail pour annoncer ma venue. 
Elle éclata de rire et remarqua :
— Oui et tu es arrivé en voiture comme tout le monde.
— Estime-toi heureuse que je n’aie pas transformé ton jardin en océan bordé d’écume et…
— Oh oui, fais-le, ton océan avec les grosses vagues s’exclama Tonio.
— Non, pas question !
Sam voulut faire rentrer toute sa petite famille dans la maison, mais Gaby l’enlaça et lui glissa à l’oreille :
— Tu sais que vous m’avez manqué toi et tes gosses ?
Il saisit une marguerite qui se trouvait dans une vasque près de lui et commença à effeuiller ses pétales :
— Un peu, beaucoup, passionnément
— Tu n’es jamais sérieux Gabriel. Tu m’as amené mon balai ?
— Maman va faire du balai, maman va faire du balai.
Tonio ne tenait plus en place.
— Oui et Agnès.
— Je n’aime pas Agnès ! Elle me fait peur.
— Pourtant, j’ai besoin d’elle pour grimper sur mon engin.
— Et puis d’abord pourquoi tu l’as appelé Agnès alors que c’est un chat ?
— Pour te faire parler mon bonhomme.
Gabriel aimait bien taquiner l’aîné de ses neveux. Mais Sam reprenait, nerveuse.
— Alors, ce plumeau ?
Son frère leva les bras et un balai de paille qui avait fière allure descendit du ciel.
— Si les voisins voient ça, je te garantis que je n’aurais plus ma place aux réunions de parents d’élèves, murmura Sam.
— C’est un tueur celui-là, c’est le meilleur. Avec lui, tu pourras tout faire, lui promit Gabriel.
— Vas-y maman, l’encouragea Margot les yeux brillants.
Sam s’installa aussitôt par terre en position du lotus pour se concentrer et faire le vide autour d’elle, ce qui fit rire son frère.
— Pas besoin de tout ça, Sam, Grimpe sur ton balai. Il sait faire. Et toi aussi. Tu es une sorcière, ne l’oublies pas.
— Je n’ai pas pratiqué depuis la naissance des enfants.
— Et alors ? C’est comme le vélo ça ne s’oublie pas. Allez grimpe. Je te suis avec les enfants sur le dos de Zak.
Les gamins ne se le firent pas répéter deux fois et s’installèrent bien calés sur le loup. Leur oncle enfourcha son cheval et s’éleva dans les airs.
— On va voler aussi ? demanda Margot 
— Alors Zak, tu acceptes de voler ?
Le loup aussitôt à la grande joie des gosses s’éleva et leurs cris d’enthousiasme retentirent dans le jardin.
— On va où ?
— Alors Sam, c’est toi qui décides ?
Elle enfourcha son balai, et sans dire un mot, monta dans les airs. Agnès les regardait de ses grands yeux verts.
Elle n’était pas très rassurée et son véhicule attendait ses ordres. Son frère riait aux éclats, et étendit la main. Une musique digne d’une valse de Johann Strauss s’éleva. Sam, bien droite se laissait emmener par la mélodie. Elle passait et repassait au-dessus des pins. Elle ne songeait même plus aux voisins qui pourraient l’apercevoir dans le ciel. Elle s’envolait Gabriel et les enfants dans son sillage. Elle riait aux éclats et cria alors qu’ils étaient tous bien éloignés de leur maison :
— Voulez-vous connaître la destination ou je vous la dévoile quand on y sera ?
— Je sais où tu vas, murmura son frère qui s’était rapproché dangereusement d’elle.
— Tu m’as fait peur !
— Je sais qu’il t’attend !
— De qui tu parles, je ne comprends pas !
— Ne serait-ce pas au royaume d’Algernon que tu nous emmènes ?
— Tu vas droit dans le mur là Gabriel, fais attention. Et surveille les enfants, moi je dois me concentrer sur mon balai.
— Tu ne veux rien me dire sœurette ?
Pour toute réponse, elle accéléra, sa chevelure rousse flottant derrière elle. Ses enfants, cramponnés sur Zak étaient ravis de l’aubaine. Leur maman était magique, elle ne ressemblait à aucune de leurs copains, et ne respectait aucun code. En connaissez-vous beaucoup des mères qui emmèneraient leurs progénitures dans le ciel sur le dos d’un loup ? Évidemment, comme toujours, ils ne pourront rien raconter de leur journée de mercredi ou de vacances. Tom, à l’avant, s’imaginait comme le Prince Ali sur son tapis volant. Il saluait une foule inventée qui l’applaudissait à tout rompre. Margot, sa crinière décoiffée par un vent malicieux, ne désirait qu’une chose : avoir les mêmes pouvoirs que Sam. Sa maman lui avait dit qu’elle devait encore attendre. Elle n’avait que 6 ans. C’est à 7, que ses dons pourraient se développer. Impatiente, elle en rêvait de son anniversaire.
Soudain, un hurlement retentit. Zak fit un demi-tour à vive allure manquant de faire chavirer les deux gamins sur son dos. En effet, Tonio, le plus jeune, curieux de nature s’était penché un peu plus qu’il ne faudrait, et il dégringolait à une vitesse vertigineuse.
Gabriel lança son cheval pour rattraper le garçonnet qui allait finir par s’écraser au sol si personne ne réagissait. C’est le loup qui fut le plus rapide et le happa par le fond de sa culotte.
— Arrête tu me fais des chatouilles, riait Tonio, qui avait l’air d’apprécier l’aventure qu’il venait de vivre. J’ai des frissons par tout.
Un château apparaissait au loin, Sam, Gabriel et les enfants assagis regardaient avec émerveillement le paysage magnifique.
— Voilà, nous sommes arrivés.
Des petites fées volaient à leur rencontre et les saluaient avec déférence. Ce n’était pas tous les jours qu’ils accueillaient la future reine des sorcières.
Gabriel fit un clin d’œil à sa sœur :
— J’avais raison. Regarde, les portes s’ouvrent déjà. Tu es attendue. Le roi Algernon t’a entendue. Mais tu ne vas pas te présenter comme ça devant lui quand même ?
— Pourquoi, je ne suis pas assez belle ?
En un tour de main, il la revêtit d’une magnifique robe couleur d’ambre et ses enfants, surtout Margot, s’exclamèrent devant sa beauté.
— Oh, maman, tu es une vraie princesse !
Tom et Tonio en restèrent muets d’admiration.

— Tonio ? Tom ? Vous n’allez pas ouvrir ?
Les deux garçons se regardèrent abasourdis et chuchotèrent ensemble.
— T’as rêvé la même chose que moi ?
— Je vois que vous n’êtes pas pressés de m’accueillir les enfants, j’en suis tout attristé.
Leur oncle Gaby faisait son apparition, portant pour chaque garçon un sac de billes.
— Vous ne lui dites pas bonjour ?
Sam leur faisait les gros yeux. Margot s’approcha timidement.
— Et moi je n’ai rien ?
— Bien sûr que si ma poupette, tu penses bien que je n’ai pas oublié ma nièce chérie.
Sam l’interrogea.
— Qu’as-tu encore fait à mes fils. Ils sont complètement dans les vapes, regarde-les ?
— Promis je n’ai rien fait. Et comme tu me l’as demandé, je suis fidèle au poste, à l’heure.
Tom et Tonio s’approchèrent de lui et lui chuchotèrent à l’oreille :
— Il est où Zak ?
Gabriel leur fit les gros yeux.
— Je le savais que tu n’avais pas pensé à moi. Tu n’y penses jamais !
Margot pleurait à chaudes larmes devant son oncle éberlué.
— Mais si regarde, je t’ai apporté… un balai.
— Ah non Gabriel, je t’avais interdit de…
— C’est le ballet de tout à l’heure, s’exclamèrent en même temps les deux frères.
— Mais de quoi parlez-vous ? demanda soupçonneuse Sam
— Il est pour moi c’est vrai tonton ? Je peux l’essayer ?
— Cette nuit ma chérie, pas quand il fait jour. Quelqu’un pourrait te voir.
Sam était furieuse.
— Cesse immédiatement de leur raconter n’importe quoi. Margot ne tentera rien du tout cette nuit, où je te fais avaler ton acte de naissance.
— Tu me mettras le requiem de Mozart à mon enterrement, j’adore cette œuvre !
 Chiche ! Et tu ne l’emporteras pas au paradis, crois-moi.
— Mais tu sais bien que les sorciers ne meurent pas, murmura Tom.
Sam haussa les épaules.
— Alors ce goûter les enfants ? Avez-vous soif ?
— Tu n’es pas drôle maman, et pourquoi Tonton, tu es entré par la porte et tu nous as apporté des billes ?
— Demande à ta mère Tom. Il semblerait que je dois paraître comme tout le monde.
— Mais tu n’es pas comme tout le monde, je le sais.
— Bon assez entendu de bêtise, répliqua Gabriel.
Il leva les bras et le ciel s’obscurcit.
— Nous n’allons pas attendre la nuit pour essayer ton balai, ma chérie. Tu vas avoir sept ans, voyons voir si tu as hérité des pouvoirs de notre famille. Je t’ai apporté ce joli foulard pour envelopper tes cheveux. Allez grimpe.
— Je t’adore tonton, je suis trop contente.
— Tu m’agaces Gabriel, je ne t’ai pas demandé de venir ici pour ça.
— Ah oui et c’était pour quoi alors ? Une partie de cartes, un café et des petits gâteaux ? Tu vaux mieux que ça Sam.
Il brandit à nouveau les bras pour qu’un vent léger se lève. Il invita sa nièce à grimper sur le manche.
— Ne t’inquiète pas, il est le meilleur et a fait ses preuves. Tu ne risques rien et arrête Sam de faire POC POC POC sur la table avec tes doigts, tu m’exaspères.
Sam bouscula sa chaise, soupira, et empoigna le balai. Elle l’enfourcha et aida sa fille à grimper derrière elle.
— Fais attention, le vent peut être violent. Ce serait dommage que ce foulard soit déchiré, ajouta-t-elle pour son frère, certaine que l’écharpe devait être aussi magique.
— Et nous et nous ?
Le loup blanc apparut alors.
— Je le savais bien que je n’avais pas rêvé !
Gabriel sourit à ses neveux, Sam soupira et lui cria qu’il ne changerait jamais, tout en s’élevant dans les airs comme un vulgaire petit papier. Zak s’allongea pour que les garçons puissent s’assoir sur son dos.
— Allez go !
Le cheval ailé apparut alors et Gabriel s’envola à son tour.
— C’est comme dans mon rêve, murmura Tonio à l’oreille de son frère.
— Oui, mais Margot était avec nous, pas sur le balai.
— Oh regarde, on passe au-dessus des champs de lavande ! Que ça sent bon !
Gabriel en profita pour en cueillir trois bouquets, qu’il offrit à sa sœur, à sa nièce et aux garçons.
— On ne va pas mourir hein maman ?
Margot n’était pas rassurée. Sam éclata de rire.
— Ne t’inquiète pas ma chérie, si ton oncle t’a fait cadeau de ce balai, c’est qu’il est fiable. Tu peux lui faire confiance, il n’est pas inconstant Gabriel, bien au contraire, il sait ce qu’il fait.
— On va où ? Jusqu’au château d’Algernon ? cria Tonio
Gabriel éclata de rire devant l’air furibond de sa sœur.
— Qu’est-ce que tu leur as mis dans la tête ? Demain, c’est jeudi, ils ont classe. Pas question de faire la fête et de manquer un jour.
— Quelle tristesse, ta vie, sœurette ! Alors que tu pourrais être la reine de toutes les merveilles que le prince détient, non, toi, tu penses à l’école de tes gosses. Regarde-les, ne sont-ils pas plus heureux ?
— Ce n’est pas ce que je voulais pour eux, tu le sais.
— Pourtant leur père est un prince, il faudra bien qu’ils l’apprennent un jour. Tu as déjà bien de la chance qu’Algernon t’en laisse la garde sans trop se mêler de tes affaires.
— Oh, mais, il s’en occupe de loin crois-moi. Je ne manque de rien. Jusqu’à cet oiseau-roi Simorgh qui vient me rendre visite régulièrement.
— Comment est-ce possible ?
— Je n’en sais rien, mais c’est ainsi.
— Mais, Simorgh ne se déplace rien que pour te dire bonjour ? Je ne peux pas le croire.
— Il vaut mieux ça que ses fantômes, tu es d’accord !
Margot qui n’avait rien perdu de la conversation demanda :
— Je peux essayer ? Tu penses que je suis capable de conduire le balai toute seule ?
— Allez go, ma nièce ! Voyons ça !
Gabriel enlaça Sam. Elle atterrit en croupe sur le dos du cheval, qui ne sembla pas être gêné par ce poids supplémentaire. Margot se retrouva solitaire sur son engin de paille. Pas très rassurée, elle ne savait quoi faire. Son oncle pour l’encourager lui cria :
— Si tu n’es pas une sorcière, tu vas dégringoler.
— Tais-toi donc ! souffla Sam
Mais Margot, bien droite sur son véhicule extraordinaire tenait la route. Elle se sentit immédiatement remplie d’une ivresse folle et hurla :
— Comment faire pour aller plus vite ?
— Dis-lui tout simplement, lui conseilla Sam.
Margot se pencha alors comme pour lui parler à l’oreille. Aussitôt, le balai répondit à ses ordres déclenchant ses cris de joie ainsi que ceux de ses frères, très fiers de Margot. Ensemble, ils survolèrent les paysages qui défilaient sous eux. Ils osèrent même s’enfiler dans la forêt, affolant au passage les cigales qui s’étaient tues en raison de la nuit tombée plus tôt que d’habitude. Gabriel murmura à l’oreille de sa sœur :
— Ta fille va être une grande sorcière. C’était évident, avec les parents qu’elle a. Mais pourquoi ne te laisses-tu pas aimer par Algernon ? Je ne comprends pas ton choix.
— Je veux pour mes enfants une vie normale, comme prendre le bus tous les matins au lieu d’un balai pour aller à l’école, ils sont mes souhaits, les miens à moi seule et je les assume.
— Ne crains-tu pas qu’ils te le reprochent un jour ?
— Nous habitons loin du village, dans une grande maison entourée d’une magnifique vallée. Ils ont tout ce qu’ils désirent grâce au Prince. Je ne vois pas ce qui ferait barrage à leur bonheur.
— Justement, ils ne connaissent pas leur père, et ils sont sorciers. Je serais étonné que ta fille ne veuille pas vivre comme une enchanteresse.
— Les garçons sont encore jeunes, nous n’avons aucune idée de leurs dons.
— Tu crois qu’ils vont se contenter de végéter dans un faubourg avec une mère sorcière qui ne se sert pas de ses pouvoirs ?
— Je ne vis pas dans un faubourg, et ils me donnent beaucoup d’amour. Végéter comme tu y vas, nous ne sommes pas malheureux que je sache !
— Maintenant, mais plus tard ?
— Tu m’agaces Gaby. Allez rentrons. Je pense que Margot a fait ses preuves.
Sam en véritable sorcière qu’elle était n’eut qu’un geste à faire pour que toute sa petite famille se retrouve dans l’antichambre de leur maison.
— Mais… on est où ? Comment t’as fait maman ?
— Ferme la porte Margot. Et toi Gabriel, fais-en sorte que le jour revienne.
Il ne pipa mot et s’exécuta.
— C’était super mamounette chérie.
Les trois enfants l’entourèrent pour l’embrasser.
— Maintenant, vous savez ce que j’ai dit : vous ne devez parler de ce qui vient de se passer à personne. Demain, vous irez à l’école normalement.  Si la maîtresse vous pose des questions sur ce que vous avez fait de votre mercredi, vous raconterez comme vos camarades, que vous êtes allés faire de la danse ou du foot.
— Par tous les saints du paradis, Sam, tu divagues complètement. Tiens voilà Agnès. Bonjour mon chat. Toi, tu es en quête de caresses, hein, mon brave !
La bestiole ronronnait à qui mieux mieux et se frottait contre Gabriel.
— J’aime bien ton chat finalement, dit Tonio.
— Tiens, je croyais que tu en avais peur ?
— Oui, mais il a de la chance d’avoir autant de liberté. À lui, on ne lui dit pas de raconter des mensonges.
Gabriel contempla sa sœur.
— Ah magnifique, que vais-je faire maintenant ? Les enfants, êtes-vous malheureux avec moi ?
Ils secouèrent négativement la tête. Sam regarda son frère et murmura :
— Tu crois que je fais le mauvais choix ? Mais que vont-ils devenir si je les amène chez Algernon ?
— Moi j’aimerais bien être un samouraï, hurla Tonio.