samedi 5 août 2017

Le château de sable

Ils en faisaient des allers et retours, pelle et seau à la main, bob sur la tête, pour piocher de l’eau. Accroupis face à face et très concentrés sur leur tâche, ils mouillaient le sable, remplissaient leur seau, le retournaient et tapaient avec leur pelle dessus afin de démouler une merveille de pâté.
Éclats de rire, course dans le sable, cris de joie quand les vagues les éclaboussaient et quand le seau se renversait et arrivait vide devant moi.
Je prenais forme peu à peu, ils étaient fiers de leur œuvre et très heureux. Debout devant elle, ils jaugeaient leur construction : Il faudrait rajouter une tour ici, un chemin là, rechercher des coquillages pour la décoration et repartir au galop vers l’océan chercher de l’eau.
Ils y passaient des heures à creuser avec leurs mains, se mettre dans le trou, vérifier que l’eau arrivait peu à peu, et que je ne risquais rien, car ils espéraient toujours me retrouver le lendemain matin.
Ils ont tout essayé : mettre un petit drapeau en haut de mes tours pour me retrouver ou me reconnaître, me construire très loin de cette eau qui leur grignotait toujours du terrain, faire un énorme trou autour de moi afin que je sois protégé. Rien n’y a fait.
J’ai essayé pourtant de résister. Je savais que le lendemain, mes bâtisseurs arriveraient en courant pour voir si je les attendais, mais petit à petit, les vagues venaient me lécher les pieds et je sentais alors mes fondations fondre, s’effriter, et je m’écroulais désespéré.

Un jour, mes deux compères ont mis tout leur cœur à me construire, je ressentais leur rage dans leurs coups de pelles assénés sur leur seau.  J’étais magnifique avec mes tours, mes créneaux et mes coquillages qui formaient un joli chemin pour arriver au pont levis et je sentais que cette fois j’allais résister. J’avais compris que la marée était plus basse que d’habitude et par chance ils avaient décidé de me construire plus haut sur la plage. 
Quand ils m’ont quitté ce soir-là avec un dernier regard, j’ai eu envie de leur faire un clin d’œil et de leur dire que je les attendrais et déjà j’étais heureux à l’idée d’entendre leurs cris de joie le lendemain. Mais les châteaux de sable ne font pas de clin d’œil et je suis resté bien droit sur mon sable, bien décidé à résister coûte que coûte.
Le soleil s’est couché, et j’ai pu admirer cette merveille car j’étais toujours debout, je ne m’étais pas écroulé comme les soirs précédents. Les derniers promeneurs me contournaient et murmuraient entre eux en me regardant, j’étais fier. L’eau n’était pas arrivée jusqu’à moi, il était temps je crois mais cette fois-ci le ciel était avec moi. Je me préparais à passer ma première nuit sur la plage et à me laisser bercer par le bruit incessant des vagues. J’étais heureux.

Le soleil s’est levé, j’ai cligné des yeux, me suis regardé. J’étais toujours debout rien n’avait bougé. Ravi, j’ai attendu.
Ils ne sont jamais venus, les vacances étaient terminées.