dimanche 3 septembre 2017

La maison de vacances


J’adore les vacances ! Je n’ai pas à me plaindre, moi je vis toute l’année, un peu au ralenti c’est vrai quand ils ne sont que tous les deux, mais moi au moins je vis.

Ce n’est pas comme certaines de mes copines qui restent fermées dix mois par an et vivent à fond pendant les deux mois d’été. Franchement, je les plains. Volets fermés, poussière qui s’invite et s’infiltre partout tellement qu’elles ne respirent plus les pauvres ! Les pires sont celles en bord de mer : pas de soleil, pas de bruit de vagues même si elles tendent l’oreille et celles qui ont déjà pas mal d’années dans leur pierre, je ne vous dis pas comme ça craque quand les volets claquent et que des cris se mettent à résonner partout. Ah, elles se rebiffent les copines et font bien comprendre qu’elles méritent un peu de respect par une tuyauterie qui crache ou une fenêtre qui grince ou qui se bloque à l’ouverture. Et l’odeur ! ça, elles ne se privent pas de leur en envoyer plein le nez. Leur copain Monsieur le Renfermé, il est partout et accepte de disparaître qu’après bien des courants d’air qui le font éternuer d’ailleurs, mais c’est une autre histoire.

Non, moi ça va, je vis. Réveil au chant du coq, je suis à la campagne.
Mon jardin, c’est Lui qui s’en occupe : fleurs, légumes, arbres, ça coupe, ça sème, ça bêche !
Elle, c’est la cuisine. Mes murs embaument toute l’année. J’adore ! L’hiver, plats mijotés ; l’été, confitures, ratatouille. Ah je respire moi, à pleins poumons, quand Elle m’aère, quand Elle m’aspire ou qu’Elle m’époussette. Mes murs résonnent de musique, de chansons. Je suis au courant de tout ce qui se passe, Lui est fan d’internet. D’ailleurs ça me fait un peu peur ce truc, car à cause de lui j’ai toujours peur qu’Il m’abandonne. Je sais bien qu’ils m’aiment, depuis le temps, mais j’en ai vu plein de mes copines qui se sont retrouvées vidées et réaménagées complètement différemment et en un temps record en plus. Mon ami, le château, lui c’est pire : trop grand et trop difficile à chauffer, il a été transformé et on paie pour venir chez lui. Ah il est fier le bougre. « Chambre d’hôtes et table d’hôtes » qu’il faut l’appeler maintenant. Tu parles ! il est toujours le même, mon ami, avec sa porte qui grince et sa troisième marche qui craque ! Personne n’a réussi à réparer, nous en avons toujours bien rigolé !

Je n’ai pas été transformée moi, quelques travaux par ci par là : mes peintures à neuf, mes volets électriques. Ah, la cabane d’à côté, elle n’en est pas encore revenue quand tous mes volets se sont ouverts d’un seul coup en même temps. J’ai même cru qu’elle allait en perdre sa porte déjà mal en point. C’est vrai que le matin, c’était un jeu entre nous : la première qui avait tous ses volets ouverts. Je perdais régulièrement, elle n’en a que deux, moi avec toutes mes portes fenêtres, j’arrivais bonne dernière. Alors le jour où tout s‘est ouvert en même temps, elle m’a fait la tête pendant deux jours et a gardé ses volets fermés.

Moi je vis ! Quand les enfants arrivent, alors là, branle-bas de combat. Au moins une semaine avant, conciliabules entre Lui et Elle, pour pouvoir accueillir tout ce petit monde. Elle chante, Elle rouspète aussi, et Lui, il maugrée dans sa barbe et c’est là, que j’ai peur ! je sais bien que je suis un peu trop petite, alors j’essaie de m’étirer au maximum pour que tout le monde puisse s’installer. Elle arrive toujours à caser un petit par ici, et une petite par là.
La nuit, ma charpente en craque tellement je fais tout ce que je peux pour être une grande. Mais j’ai peur !
Il faut que je me renseigne auprès de mes copains Le Bungalow et le Mobil Home. Ce serait une bonne idée de les inviter. J’aurais de la place en plus.

Jamais je ne pourrais partager mes arbres avec quelqu’un d’autre qu’Elle. D’ailleurs, ils font les beaux mes arbres. Elle est toujours en admiration devant eux, surtout depuis qu’ils abritent palombes et écureuils.
Ah et mon ciel ! Oui je sais, ce n’est pas mon ciel à moi, mais j’en suis amoureuse, et pas lui. Il appartient à tout le monde qu’il dit, il veut bien partager et me donner « Un petit bout de ciel mais c’est tout ! » Il ne comprend pas que je l’aime quand il est dégagé et que je vois loin, pas quand j’en vois qu’un petit bout. Elle aussi, je crois qu’Elle l’aime. Le soir, avec Lui et les petits, ils s’allongent et le regarde. Là, ce chenapan, fait son beau, avec ses étoiles qui filent…

Je ne suis qu’une maison, avec un toit, une porte et des fenêtres. Pourtant j’ai une âme. Entendez-vous mon cœur battre ?